Montrer sa carte d'identité ou enregistrer un selfie vidéo pour accéder à un réseau social, ces procédures de vérification sont désormais incontournables pour accéder à de nombreux sites. Mais la start-up Needemand prétend avoir trouvé une méthode alternative, capable de déterminer si un internaute est mineur ou majeur uniquement à partir des mouvements de sa main.
La démonstration est simple : il suffit d'étendre la main devant une caméra et d'effectuer quelques gestes. En moins de trente secondes, la technologie BorderAge indique si l'utilisateur est au-dessus ou en dessous d'un seuil d'âge prédéfini (15, 16 ou 18 ans selon la plateforme).
Analyser les micro-mouvements
Initialement, ce projet n'avait pas pour but la protection des mineurs en ligne. Driss Benchakroune, le fondateur de Needemand, témoigne : "Un client voulait savoir s'il était possible de détecter le dopage chez des sportifs grâce à des vidéos." En menant ses recherches sur les mouvements corporels, l'idée a germé d'explorer si certains micro-mouvements de la main pouvaient révéler l'âge d'un individu.
Cette innovation s'appuie sur des travaux de physiologie, qui montrent que les variations hormonales durant l'enfance et l'adolescence influencent le système nerveux et provoquent des micro-variations dans les mouvements.
"Nous ne regardons ni les empreintes, ni la forme de la main, ni les rides", insiste Driss Benchakroune. "Nous analysons uniquement le mouvement."
Pour entraîner ses modèles, Needemand a constitué pendant près de dix ans une base de données riche de centaines de milliers de mouvements de mains, recueillis à travers différents pays.
Miser sur le respect de la vie privée
Driss Benchakroune affirme : "Nous sommes les premiers au monde à avoir réussi cela. Et la solution arrive à un moment critique, car de plus en plus de pays, à l'instar de l'Australie, s'engagent vers des lois limitant l'accès des jeunes aux réseaux sociaux." En France, depuis janvier 2025, les sites pour adultes doivent vérifier que leurs utilisateurs sont majeurs.
Pour contrer toute utilisation abusive des données personnelles, le dirigeant souligne : "La caméra ne vous enregistre pas, elle ne prend pas de photos, elle ne fait que reconstruire un modèle 3D." Cette technologie évite de transmettre des informations sensibles aux plateformes, comme des selfies ou des documents d'identité.
"Aujourd'hui, on expose énormément de données personnelles sur internet. Comment peut-on accepter cela sans une conscience collective du danger?"
Needemand propose une méthode moins intrusive, favorisant le respect de l'anonymat des utilisateurs, un point essentiel pour les sites pour adultes. Leur approche se concentre sur savoir si l'utilisateur dépasse un certain âge, sans fournir d'âge exact. Driss Benchakroune rappelle : "Il n'est ni éthique, ni juridique, ni économique que les sites aient besoin de connaître votre âge précis."
Une solution fiable à 99%
Le dirigeant critique les solutions actuelles de vérification d'âge, les qualifiant d'inefficaces et faciles à contourner. "Les jeunes en Australie utilisent des VPN pour accéder aux réseaux sociaux malgré l'interdiction." Selon Needemand, leur technologie peut estimer l'âge des mineurs avec une marge d'erreur d'environ deux mois.
"Il nous a fallu huit ans pour parvenir à une solution fiable à 99%, les mouvements de la main ne pouvant être imités."
La procédure est également conçue pour prévenir la fraude : les mouvements à effectuer changent à chaque tentative, et l'utilisateur doit garder sa main visible tout au long du test.
"Un gros engouement"
Commercialisée depuis avril 2025, Needemand a observé un intérêt croissant, renforcé par les nouveaux règlements dans plusieurs pays. Aujourd'hui, BorderAge est utilisée dans plus d'une centaine de pays, y compris par de gros acteurs comme Dorcel. Driss Benchakroune déclare : "Il y a un gros engouement. Chaque jour, de nouveaux clients testent notre solution."
Pour les dirigeants de Needemand, cette initiative va au-delà de la simple vérification de l'âge. "Nous voulons montrer qu'il existe des alternatives au partage excessif de données personnelles." Ils envisagent également des solutions inclusives pour les utilisateurs avec des handicaps. Reste à savoir si cette méthode sera adoptée par un large public, ou si les internautes seront prêts à céder un peu plus de leur anonymat.







