Actuellement, le secteur de la loi-cadre sur les transports fait l'objet de débats intenses au sein du Parlement. Un amendement adopté en commission pourrait obliger SNCF Connect à inclure dans son offre de nouveaux acteurs comme Trenitalia et Renfe. Si cet amendement est validé, cela constituerait une avancée significative pour les concurrents de SNCF Voyageurs dont les demandes se font sentir depuis un certain temps. En effet, 80% des réservations en ligne sont effectuées via l'application SNCF Connect, qui refuse actuellement de proposer les billets des nouveaux entrants, poussant ces derniers à réagir. Réunis dans l'Afra, l'association Française du Rail, ils exigent leur intégration dans cette plateforme.
Solène Garcin-Berson, Déléguée générale de l'Afra, a exprimé son inquiétude en déclarant : "Il est inacceptable que des places soient disponibles dans les trains des opérateurs alternatifs, mais que des voyageurs restent à quai, faute d'informations sur ces nouvelles offres à travers SNCF Connect".
Malgré la faiblesse de leurs propres canaux de vente, l'association souligne que "le taux de remplissage des trains des opérateurs alternatifs reste significativement inférieur à celui de l'opérateur historique, car leur visibilité est réduite". L'application Connect, de par sa notoriété, est devenue un réflexe pour de nombreux usagers, rendant difficile l'émergence de la concurrence.
Une valeur ajoutée qui pourrait disparaître
Cette situation suscite bien entendu des préoccupations chez les acteurs comme Trainline ou Kombo qui peinent à s'imposer face à la puissance de SNCF Connect. Offrir des options comme Trenitalia ou Renfe constitue pour eux un avantage concurrentiel, leur permettant de se démarquer et de générer des revenus grâce aux commissions sur les ventes.
Néanmoins, ils se trouvent dans une posture délicate. En s'opposant frontalement à cette obligation, ils risquent de froisser des partenaires commerciaux. L'association ADN Mobilités, qui regroupe bon nombre de ces acteurs, insiste pour dire que la demande de l'Afra est une "solution malvenue" pour renforcer leur visibilité sur le marché.
Alexander Ernert, directeur général de Trainline France et secrétaire général d'ADN Mobilités, argue : "Nous craignons qu'un amendement impose une fragmentation du marché. Une obligation législative pourrait nuire au développement des distributeurs et nous voulons faire entendre nos arguments pour une concurrence saine".
Le lobby remet en question l'absence d'étude d'impact concernant cette éventuelle obligation. "Une étude est actuellement menée par la Commission européenne, nous devrions attendre ses conclusions", précise Ernert. L'association indique également que la reconnaissance des distributeurs alternatifs est en hausse, illustrée par une étude interne qui révèle que 51% des usagers français de train se servent de leurs plateformes pour comparer les offres disponibles, et 76% d'entre eux sont au courant des alternatives.
La crainte d'une "interférence de l'Etat"
Pourtant, SNCF Connect continue de dominer un marché où la familiarité joue un rôle clé. Ernert souligne que "nulle part en Europe, l'opérateur historique ne commercialise les offres concurrentes". Un autre point soulevé par ADN Mobilités concerne la réduction potentielle de l'innovation en cas de déclin des activités commerciales. "Au Royaume-Uni, où le marché est plus équilibré, des solutions innovantes comme le pay-as-you-go ont vu le jour", ajoute-t-il.
Pour ces raisons, l'association rejette l'idée d'une quelconque "obligation", la qualifiant d'"interférence étatique" dans le développement du marché. Ernert s'inquiète de l'éventualité d'un monopole d'État. Il propose des alternatives, comme la séparation fonctionnelle de SNCF et de Connect ou la possibilité pour Connect de référencer les offres de ses concurrents tout en renvoyant vers d'autres plateformes pour les ventes, à l’instar de ce qui se pratique en Allemagne.
En somme, la question fondamentale pour Trainline et ses homologues réside dans leur modèle économique. Les commissions insuffisantes versées par SNCF Voyageurs créent un obstacle à leur potentiel de développement. L’avenir de ces acteurs dépendra indéniablement de leur capacité à générer davantage de revenus. Pendant ce temps, des enquêtes de la concurrence sont en cours.
"Connect n'est pas à la disposition de Trenitalia"
Pour sa part, SNCF Connect reste ferme sur sa position concernant la distribution de billets de concurrents. "Connect n'est pas à la disposition de Trenitalia", a déclaré le groupe.
Le groupe affirme que "la distribution d’entreprises ferroviaires tierces n’est pas une priorité, d’autant que les voyageurs disposent déjà sur SNCF Connect d’une large offre de grande vitesse illustrant toutes les destinations en France".
Il précise également qu'il distribue déjà les billets pour des opérateurs alternatifs sur des lignes régionales (TER) comme Transdev ou RATP. Chaque entreprise est libre de définir sa stratégie commerciale. À l’étranger, les sites de vente des opérateurs historiques ne sont pas nécessaires pour la vente des offres concurrentes, un constat valable en Espagne, en Italie et en Allemagne. A l’heure actuelle, aucune législation nationale ou européenne n’oblige SNCF Connect à proposer des offres concurrentes, insiste l’opérateur.
En conclusion, la distribution des billets de train demeure un marché concurrentiel. Les entreprises ferroviaires concurrentes de SNCF Voyageurs possèdent leurs propres canaux de vente, leur permettant de développer des stratégies de distribution diverses. Pour SNCF, seule une directive européenne pourrait inciter à une évolution significative. En attendant, la question de répondre aux attentes des concurrents n’est pas envisagée.







