Longtemps considéré comme intouchable, le 1er mai semble perdre de sa valeur aux yeux des politiques. Ce vendredi 10 avril, l'Assemblée nationale débat d'une proposition de loi, soutenue par des figures comme Gabriel Attal, qui vise à permettre à certaines professions de travailler pendant la journée internationale des travailleurs. Actuellement, ce jour est le seul dans l'année où le repos est obligatoire et rémunéré pour la majorité des salariés français.
Gabriel Attal justifie cette initiative en cherchant à combler "un vide" dans le Code du Travail, face à des plaintes croissantes, surtout chez les boulangers menacés de sanctions pour avoir fait travailler leurs employés à cette date. S’attaquer au 1er mai, qui était jadis un tabou, devient possible mais risque de provoquer des réactions virulentes, comme le souligne Stéphane Sirot, historien et sociologue du travail : "C'est le 14 juillet des syndicats et la journée la plus marquante pour eux".
Un jour difficilement défendable
Pour Sirot, un débat sur la pertinence de ce jour symbolique est un terrain miné. Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail, prévient : "Si le 1er mai est remis en question, ce serait un franchissement de ligne rouge". Il n'existe pas de raisons économiques tangibles pour changer ce jour, surtout dans un contexte où les Français possèdent un nombre de jours fériés comparable aux autres pays européens. Au lieu d’aggraver la charge des travailleurs, il faudrait plutôt régler l'inactivité des jeunes et des seniors.
Les partisans d'une assouplissement évoquent aussi la "distorsion de concurrence" : si certaines grandes surfaces peuvent ouvrir, pourquoi interdire l’ouverture des commerces indépendants ? Des professions comme les bouchers-charcutiers et les fleuristes ont réclamé un changement, une initiative qui a reçu un écho médiatique considérable.
Des syndicats en perte de vitesse
Les manifestations du 1er mai, qui se réduisent souvent à des actions de militants, montrent une perte d'influence des syndicats, affirme Sirot. L'absence de réactions massives sur des réformes sociales, comme celle des retraites, révèle un affaiblissement de l'organisation syndicale, note Vivier : "Aujourd'hui, il semble impensable d'imaginer les syndicats lancer une grève pour protéger le caractère chômé du 1er mai".
Vers une flexibilité accrue du travail
Cette remise en question du 1er mai s'inscrit dans une tendance plus large vers la flexibilité du travail, explique Sirot. Nous assistons à la démolition progressive des cadres traditionnels qui régissent le travail. L'extension des activités durant les jours fériés et la possibilité de travailler le dimanche deviennent la norme. Ce changement est également dû à des attentes de rémunération plus élevées, comme l’indique Guy Groux, sociologue. Les employés sont de plus en plus disposés à accepter ces changements face à un pouvoir d'achat en baisse.
Il est essentiel de rester vigilant face à ces évolutions. Groux avertit que si le travail le 1er mai devient courant, les avantages associés (comme le double salaire) pourraient disparaître, laissant les travailleurs sans protection face à une commoditisation de leur travail.







