Dans le pays du surréalisme, une cérémonie annuelle dédiée au cinéma, pourtant peu regardée, refait surface sous une nouvelle forme. Les anciens "Magritte du Cinéma" se transforment désormais en "René du cinéma", suite au retrait du soutien des ayants droit de René Magritte, qui, déçus par l'usage commercial, ont choisi de se distancier. Le nouveau nom, qui pourra également s'écrire "René.e", incarne une tentative de modernisation, mais il ne laisse pas de place au rire.
Ceci n’est pas une pipe
Les discours tenus lors de cette cérémonie se sont éloignés de l'esprit cinématographique pour glisser vers des prises de position politiques. La présidence de l'événement, qui s'est tenue sous le regard critique de médias tels que Le Soir, s'est transformée en une scène où se mêlent critiques de gouvernements et dénonciations de mouvements extrémistes. Une intervenante a ainsi dénoncé, en 2025, "la montée de l’extrême droite partout dans le monde", évoquant des menaces pesant sur divers droits humains. Dans ce contexte, l'espace de télévisions a été occupé par à peine 15.000 téléspectateurs, ce qui provoque une interrogation sur la pertinence d'un tel événement, financé par les contribuables.
En pleine guerre à Gaza, les commentaires acerbes sur la politique israélienne se sont multipliés, affichant une hostilité parfois jugée excessive. La maîtresse de cérémonie, Charline Vanhoenacker, a notamment fait les gros titres après une blague mal reçue concernant l'ancien Premier ministre israélien, rendant la soirée plus qu'inconfortable. Dans un climat tendu, elle a voulu mêler humour et critique acerbe, tout en se moquant des figures politiques comme Donald Trump.
Fini de rire
Les "Magritte", bien avant leur renommée renouvelée, ont été au cœur de multiples controverses. En 2017, le critique de cinéma Hugues Dayez a même été poursuivi pour des propos jugés inappropriés. Après plusieurs années de bataille judiciaire, la justice a cependant considéré les accusations comme non fondées. En 2020, des acteurs dénonçaient l'événement comme "lamentable", et l’un d'eux, Joachim Lafosse, a rappelé que "l’art belge mérite mieux que cela".
Pourtant, cette cérémonie ne doit pas occulter la richesse du cinéma belge, toujours perçue comme un mélange de poésie, d'humour et de surréalisme. Des talents comme Cécile de France et Matthias Schoenaerts continuent d'apporter une certaine fierté à cette industrie[Les Inrockuptibles]. Des films iconiques comme C’est arrivé près de chez vous ou Toto le Héros révèlent néanmoins que le cinéma belge a encore beaucoup à offrir, tant sur le plan créatif que sur celui de la critique sociale.







