C'est un nouvel épisode troublant de l'affaire Epstein. Une ancienne top model suédoise, Ebba Karlsson, a déposé une plainte dans laquelle elle accuse un recruteur de mannequins, lié à Jeffrey Epstein, de l'avoir violée. Son témoignage, rapporté par la cellule investigation de Radio France, révèle les sombres coulisses de l'industrie de la mode, entre rêve et réalité sordide.
À seulement vingt ans, alors qu'elle est en vacances à Stockholm, Ebba se retrouve face à Daniel Siad, un homme qui se dit recruteur de mannequins. "Il m'a demandé si je voulais participer à un shooting à Monaco", raconte-t-elle. Séduite par la promessed'un avenir radieux, elle s'engage avec lui, sans savoir que cette décision marquera le début d'un cauchemar.
Un voyage qui tourne mal
Dès son arrivée à Monaco, les choses ne se passent pas comme prévu. L'homme lui annonce que le shooting est terminé et lui propose plutôt d'être sa secrétaire. Désemparée, elle se voit contrainte de dormir dans un pool house délabré. "Je ne savais pas à quoi m'attendre ; je pensai que c'était ma chance", se souvient-elle, le cœur lourd.
Les abus commencent rapidement après son arrivée. "Il a essayé de me forcer à l'embrasser, et puis il m'a violé", explique-t-elle, parcourt de frissons rétrospectifs. "Je pensais à la honte, à la peur de prévenir mes proches. Ce moment a été déterminant et terrifiant." Son parcours la conduit finalement à Paris, où elle croise Gérald Marie, le patron de l'agence de mannequins Elite. C'est là que son calvaire se poursuit avec des abus supplémentaires.
Un réseau d'exploitation
Lors de son entretien avec Marie, Ebba décrit un environnement où des femmes sont traitées comme des objets. "Il a levé ma jupe et m'a agressée pendant que je restais pétrifiée", se remémore-t-elle. En présence de potentiels soutiens, elle observe la puanteur du système : "Nous étions là, exposées,traumatisées, mais nous étions sans voix. Nous ne connaissions pas les règles de cette industrie souterraine."
Séquences de menace
Après ces incidents, Ebba a fait part de son angoisse à un ami. Mais Daniel Siad l'a vite mise en garde : "Ne raconte pas de mensonges, je connais des gens puissants", lui a-t-il lancé, témoignant de la menace omniprésente dans cet environnement. De retour en Suède, elle renonce à poursuivre une carrière dans le mannequinat, mais elle garde le souvenir amer d'une époque qu'elle aurait voulu occulter.
Ce n'est qu'en 2020, en pleine émergence de l'affaire Brunel, qu'elle tente de dénoncer Gérald Marie, mais la plainte est classée sans suite pour prescription. Ce n'est que récemment, en découvrant des photos d'identité de Siad dans le cadre de l'affaire Epstein, qu'elle l'a reconnu avec certitude. "C'était comme affronter un fantôme", témoin d'un passé qu'elle n'aurait jamais voulu revivre.
Ebba a décidé de prendre enfin la parole. "C'était mon devoir de dénoncer un crime", affirme-t-elle, mettant en lumière le collectif "Victorious Angels" qu'elle a cofondé pour lutter contre les abus dans le monde de la mode. Le nom de Siad apparaît fréquemment dans des échanges avec Epstein, ce qui souligne la gravité de ses actes. Les implications, tant personnelles que sociales de ce témoignage, révèlent les ombres persistantes laissées par l'affaire Epstein.
Pour plus d'informations sur cette affaire, consultez Le Point.







