Le 8 juillet 2021, Simon Guermonprez, étudiant de 19 ans, se rend à une soirée d'intégration, convaincu que sa présence est essentielle pour valider son cursus. Au cours de cet événement, il est forcé de consommer de l'alcool de manière excessive, une pratique courante dans certaines écoles de médecine. Ce soir-là, après avoir été contraint de boire plusieurs gorgées, Simon finit par décliner à la huitième et tragiquement, quelques heures plus tard, il perd la vie après avoir été percuté par un camion en tentant de récupérer son téléphone sur une autoroute.
“Notre fils ne buvait pas, il était studieux”, souligne son père, Daniel Guermonprez.
Ce procès à Lille, qui aurait dû faire réfléchir sur les responsabilités des organisateurs, révèle des pratiques qui touchent directement la vie estudiantine. Selon une enquête récemment publiée par l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles dans l'enseignement supérieur, le bizutage affecte encore 11% des étudiants interrogés. Malgré son interdiction depuis 1998, cette tradition perdure.
Marie-France Henry, présidente du Comité national contre le bizutage, déclare : "Il n'y a rien de tolérable dans le bizutage". Elle met en avant que certains étudiants s'expriment sur leur expérience de bizutage en réduisant la gravité des actes, minimisant l'impact psychologique et physique. Pourtant, des cas récents, tels que ceux d'une cinquantaine d’étudiants trouvés en forêt à Toulouse dans des conditions dégradantes, soulignent l’urgence d'une prise de conscience collective.
Des experts comme Marc Audebert, sociologue, expliquent que le bizutage est alimenté par une culture élitiste qui favorise le silence des victimes. "Cette omerta se perpétue, car pour beaucoup, parler c’est risquer d’exclure", déclare-t-il. De nombreuses victimes choisissent de ne pas porter plainte, craignant des répercussions sur leur avenir académique et professionnel.
“Le bizutage, c’est un mécanisme de manipulation psychologique”, avertit Audebert. Ce phénomène, loin d’être un simple rite de passage, peut avoir des conséquences dévastatrices sur la vie des étudiants, tant sur le plan physique que mental. La lutte contre le bizutage nécessite une mobilisation collective, incluant des enseignants, des administrations et bien sûr, les étudiants eux-mêmes.
La question reste ouverte : comment faire évoluer les mentalités et mettre un terme à ces rituels humiliants ? Face à cette tragédie, il est impératif que l'ensemble de la communauté académique prenne conscience des enjeux en jeu, afin d'éviter que d'autres drames ne se reproduisent.







