Peut-on vraiment espérer une hausse de l'économie française grâce au parcours des Bleus lors du Mondial-2026 ? Chaque Coupe du monde fait naître des espoirs, mais les économistes, comme ceux interviewés par l'AFP, nuancent ces attentes en les qualifiant de marginales.
La Fédération internationale de football association (Fifa) et divers cabinets de conseil ne manquent pas de publier des études avant chaque édition, prévoyant des retombées économiques importantes.
En 2025, la Fifa, en collaboration avec l'Organisation mondiale du commerce (OMC), avait évalué la contribution du Mondial-2026 à plus de 40 milliards de dollars au produit intérieur brut (PIB) mondial.
La France serait-elle en mesure de bénéficier de cette manne ? À une époque marquée par un moral des ménages en décrue et une consommation en baisse face à l'inflation, l'idée semble séduisante.
Cependant, comme le souligne Luc Arrondel, économiste du sport au CNRS, cette perspective est davantage une légende urbaine qu'une réalité tangible. "L'impact d'un événement sportif sur l'économie d'un pays hôte est souvent minime," remarque-t-il.
L'exemple du premier sacre des Bleus en 1998 est révélateur. Même à cette époque plutôt favorable économiquement, l'Insee n'avait noté qu'une légère hausse de la confiance des ménages, d'après Hadrien Camatte, économiste chez Natixis.
Les autres grands événements sportifs accueillis en France confirment ce constat. À l'occasion des Jeux olympiques de Paris, la Cour des comptes avait estimé leur contribution à une modeste croissance de 1,9 milliard d'euros en 2024, soit seulement 0,07 point du PIB.
Quant à l'Euro-2016, il avait généré environ 1,2 milliard d'euros, représentant tout de même seulement 0,05% du PIB français cette année-là.
Alors, que peut-on espérer de cette compétition qui se déroulera entre les États-Unis, le Canada et le Mexique ? Hadrien Camatte reste sceptique. Même en cas de victoire des Bleus, l'impact sur le PIB semble peu probable, comme l'indiquent les analyses post-Mondial-2018 en Russie, où la confiance des ménages était restée stable.
Toutefois, la chair de la consommation pendant la Coupe du monde alimente la croyance populaire. Les bars deviennent des lieux de rassemblement, les vendanges de bière et de pizzas explosent, et le marché des écrans plats en profite. Mais ces dépenses, selon Hadrien Camatte, sont souvent compensées par des effets d'éviction. "Si vous sortez un jeudi pour un match, vous ne retournerez probablement pas au restaurant le samedi," précise-t-il.
Avec une consommation représentant 1.600 milliards d'euros, soit 54% du PIB, Anthony Morlet-Lavidalie, de Rexecode, souligne que les chiffres liés à la Coupe du monde ne sont que des gouttes dans l'océan.
Dans le secteur de l'équipement, Laurent Darrieutort de Fnac Darty note que les ventes de télés durant les Coupes du monde ont nettement diminué, bien que le marché de la vidéoprojection connaisse un essor. En période de pouvoir d'achat affaibli, les consommateurs privilégient l'achat plaisir, sans grande inquiétude sur les ventes d'écrans.
Le marché de la livraison de repas à domicile a également profité des événements sportifs. Selon Uber Eats, le volume moyen des commandes lors du dernier Mondial en 2022 avait été 11 fois supérieur à la normale.
Frank Delvau, de l'Umih Ile-de-France, se montre confiant. Selon lui, les événements sportifs sont une opportunité pour dynamiser l’affluence dans les établissements, même si la situation dans l'hôtellerie-restauration est préoccupante. Anthony Morlet-Lavidalie rappelle que seuls quelques restaurateurs dans les grandes métropoles pourraient réellement tirer profit de l'événement.







