Un pétrolier russe transportant 730.000 barils de brut, l'Anatoly Kolodkin, est attendu mardi au port de Matanzas, près de La Havane. Sa livraison représente la première arrivée de pétrole sur l'île depuis janvier, en pleine crise énergétique exacerbée par un blocus américain.
Rosa Perez, 74 ans et habitante de Matanzas, exprime son besoin urgent : "Nous allons l'accueillir à bras ouverts. Vous ne savez pas à quel point nous avons besoin de ce pétrole". Pour cette retraitée, les coupures d'électricité sont devenues le quotidien.
La décision du président américain Donald Trump de permettre l'arrivée de ce pétrole russe, tout en maintenant les sanctions en place, semble un geste calculé pour éviter une escalade avec Moscou. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a souligné que les sanctions demeurent inchangées, tout en qualifiant cette situation de "décisions au cas par cas".
Raul Pomares, un jardinier cubain, tempère les attentes : "C'est juste une goutte d'eau par rapport à nos besoins. Ce pétrolier symbolise peu de choses pour nous". Effectivement, l’île fait face à une crise énergétique sévère, amplifiée par l'arrêt des livraisons du Venezuela et la menace d'éventuelles sanctions pour ceux qui aideraient Cuba.
Et tandis que le Mexique a suspendu ses propres livraisons par crainte de représailles américaines, Claudia Sheinbaum, la présidente mexicaine, a tout de même annoncé une aide humanitaire de 20.000 pesos pour soutenir l'île affectée.
Selon Ricardo Herrero, directeur exécutif du Cuba Study Group, l’objectif des restrictions est de pousser La Havane à faire des concessions. "La stratégie vise à conduire le système au bord du gouffre, mais sans provoquer un effondrement total", déclare-t-il à l'AFP.
Au-delà des enjeux géopolitiques, un Cubain de 76 ans, Orlando Ocaña, décrit cette cargaison comme un "pansement", apportant un léger soulagement mais ne résolvant en rien les problèmes de fond. "C'est un soulagement, mais pas la solution".
De son côté, la Russie, par la voix de Dmitri Peskov, affirme se sentir dans l'obligation d'aider son "ami" cubain, tandis que des experts comme Jorge Piñon de l'Université du Texas notent que le raffinage et la distribution de ce pétrole pourraient nécessiter plusieurs semaines. La cargaison pourrait finalement se transformer en 250.000 barils de gazole, suffisant pour 12 jours à peine.
Malgré les récurrents défis d'approvisionnements en produits de première nécessité, la population tire un espoir amer de cette livraison, jonglant entre résilience et frustration dans un climat d'incertitude croissante.







