Le tribunal correctionnel de Bordeaux annoncera le mardi 14h00 son décret concernant François Thierry, ancien directeur de l'Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis). Accusé de complicité dans un vaste réseau de trafic de drogue impliquant son informateur principal, Sophiane Hambli, il se retrouve face à une situation sans précédent, marquée par la découverte de sept tonnes de cannabis à Paris en 2015.
Dossier d'une ampleur significative, l'affaire a profondément remanié la lutte contre le trafic de stupéfiants en France. Le procureur a requis la relaxe pour Thierry, tandis qu'il demande 20 ans de prison - peine maximale - pour Hambli, actuellement incarcéré au Maroc.
Cette affaire, couverte sur près d'une décennie et qui a engendré plus de 70 tomes de documentation, a été au cœur des débats judiciaires durant près d'un mois. Les juges doivent se prononcer sur les responsabilités du commissaire, suspecté d'avoir facilité l'introduction de cette cargaison record au profit de Hambli, un homme à la réputation d'expert en réseaux de trafic.
Au tribunal, la présidente a résumé les accusations en soulignant : "Il vous est reproché d'avoir aidé ou assisté au trafic par vos choix".
- "Une image à redorer" -
François Thierry a soutenu la stratégie qu'il a mise en œuvre pendant son mandat de 2010 à 2016, consistant à infiltrer des filières à l'aide d'informateurs, bien qu'il ait admis que cela implique parfois de laisser entrer des drogues sur le territoire pour ensuite intercepter les têtes de réseau.
Dans une de ces opérations, il avait orchestré en 2012 une garde à vue fictive de Hambli, et, curieusement, il a été acquitté pour ces faits en 2024 à Lyon.
L'affaire de 2015, qui a amené les douanes à découvrir les stupéfiants dans plusieurs fourgonnettes boulevard Exelmans, a été qualifiée de "naufrage opérationnel" par Thierry lui-même lors de son témoignage.
Le procureur a souligné que, bien que Thierry ait potentiellement une part de responsabilité dans cet échec, il ne voyait pas de preuves concluantes pour établir sa culpabilité pénale, ajoutant que son comportement avait laissé une "piètre image" de la police.
Le parquet, qui avait initialement demandé un non-lieu, a fait appel de cette décision, ce qui a conduit à la tenue de ce procès pour complicité et destruction de preuves.
- "Un partenariat risqué" -
Actuellement à la tête du service de transformation numérique de la police nationale, Thierry a justifié sa stratégie par la nécessité d'informer le parquet de Perpignan concernant l'importation de la drogue, tout en affirmant n'avoir jamais souhaité dissimuler des informations.
Il a été interrogé sur sa gestion de la surveillance des cargaisons, admettant le risque encouru par ses équipes sur le terrain, mais revendiquant aussi un manque d'effectif.
Thierry a aussi réfuté toute implication personnelle dans une relation trop intime avec son informateur, plaidant qu'il fallait s'appuyer sur des sources peu recommandables pour obtenir des renseignements cruciaux.
"C'est comme partager une cuillère avec le diable", a-t-il décrit, évoquant les enjeux éthiques liés à sa profession.
De son côté, Sophiane Hambli prétend être simplement le "logisticien" de cette opération qui aurait été validée par l'Ocrtis, niant tout rôle de commandement dans une livraison dont l'ampleur reste débattue : les estimations varient entre 12 et 40 tonnes, 15 tonnes ayant déjà été saisies en différents lieux de France et en Belgique.
À l'issue de ce procès médiatisé, d'autres prévenus, au nombre de quinze, devraient également recevoir des jugements. Des réquisitions d'une décennie d'emprisonnement ont été formulées contre des membres de la famille Hambli et des acolytes du réseau.
En outre, l'avocate des douanes a demandé des amendes s'élevant à 33 millions d'euros contre neuf des personnes impliquées dans cette affaire emblématique.







