Bolloré, un acteur clé dans le débat politique avant 2027

À un an de l’élection, Vincent Bolloré suscite les passions sur fond d’enjeux politiques.
Bolloré, un acteur clé dans le débat politique avant 2027
©JULIEN DE ROSA, Lionel BONAVENTURE, AFP - Combinaison d'images crééz le 18 mai 2026 du milliardaire Vincent Bolloré à Paris le 13 janvier 2026 et le logo de la chaîne Canal+ sur une tablette le 29 décembre 2

Avec les élections présidentielles de 2027 à l'horizon, Vincent Bolloré est au cœur des conversations. Présent dans l'édition via Grasset, dans le cinéma avec Canal+, et dans les médias grâce à CNews, le milliardaire conservateur soulève de nombreuses interrogations sur ses ambitions politiques.

Ce patron breton de 74 ans, souvent décrit comme redoutable, est accusé par la gauche de soutenir des idées d'extrême droite. En réponse, il affirme : "Tout ça, c'est des tartes à la crème. Je n'ai aucun projet idéologique", un propos qu'il a réitéré lors d'une audition à l'Assemblée nationale en 2024.

Néanmoins, il a initié l'Institut de l'Espérance, un cercle de réflexion dont le manifeste devrait être publié prochainement. Son objectif, selon ses propres mots, est d'apporter "bon sens et prospérité pour la France et les Français".

Bolloré dirige un vaste empire : il est au cœur de secteurs aussi variés que la télévision avec le groupe Canal+, la radio via Europe 1, et l'édition avec Hachette. Cette omniprésence dans les médias engendre des tensions. Par exemple, en avril dernier, des écrivains ont quitté Grasset, protestant contre le renvoi de son PDG, Olivier Nora, qu'ils imputent à Bolloré. Celui-ci a réagi dans le Journal du Dimanche (JDD), moquant "une petite caste" et défendant sa vision politique : "Je suis chrétien démocrate".

Au démarrage du Festival de Cannes, une tribune de professionnels a dénoncé l'influence d'un "patron d'extrême droite" sur le cinéma français, avec Canal+ comme principal bailleur de fonds. La tension est montée, Canal+ menaçant de ne plus travailler avec les signataires de cette tribune.

Quant à CNews, Europe 1, et le JDD, ils sont régulièrement accusés de relayer une vision d'extrême droite concernant des sujets d'insécurité et d'immigration. Bolloré a rétorqué que "CNews raconte la vérité", justifiant ainsi son succès.

Classé quinzième fortune de France par le magazine Challenges, il maintient fermement le contrôle de sa holding familiale. Ses deux fils, Cyrille et Yannick, sont à la tête des groupes Bolloré et Havas, respectivement.

L'héritage Bolloré commence avec la manufacture de papier d'Odet, fondée en 1822. En tant que jeune banquier d'affaires, Vincent a sauvé l'entreprise familiale en 1981 et a progressivement diversifié ses activités, passant du papier aux technologies plastiques et aux condensateurs électriques, avec Bolloré Technologies entrant en Bourse en 1985.

Sa réputation de businessman sympathique, proche de la droite libérale, s'est forgée alors qu'il multipliait les acquisitions, touchant même au secteur des médias en rachetant des groupes comme Bouygues (maison mère de TF1) et Havas. "C'est un prédateur", témoigne un ancien collaborateur. "Il se cache puis, comme un diable qui sort de sa boîte, il agit".

La carrière de Bolloré dans les médias a véritablement débuté avec l'acquisition de Direct 8 lors du lancement de la télévision numérique terrestre (TNT) en 2005. Il a ensuite revendu cette chaîne à Canal+ en échange de parts dans Vivendi, qu'il a finalement contrôlé à partir de 2014.

Sous sa direction, Canal+ a subi des remous – éviction de dirigeants, suppression de programmes phares comme "Le Zapping" et "Les Guignols". La rédaction d'iTélé, qui deviendra CNews, a alors connu une grève historique, un phénomène que les équipes d'Europe 1 et du JDD ont repris par la suite.

La chaîne C8, autre fleuron de son empire, a perdu son autorisation d'émettre en 2025 à cause des dérapages de l'animateur Cyril Hanouna. Par ailleurs, en 2022, le groupe Bolloré s'est séparé de sa branche logistique en Afrique. Les activités africaines de Bolloré font actuellement l'objet de poursuites judiciaires à Paris, notamment pour corruption au Togo.

Malgré les critiques, Vincent Bolloré se défend : "Je ne suis pas du tout un Attila" et insiste sur le fait qu'il ne "suscite la terreur" que chez ceux qui ne le connaissent pas et qui se basent sur des rumeurs infondées.

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