Des hivers rudes, le football amateur breton y est familier, mais cette saison est marquée par une intensité et une durée de précipitations jamais vues. Jean-Yves Le Droff, secrétaire général du district de football du Finistère, souligne : « D’habitude, seuls novembre et décembre sont difficiles, mais cette année, cela fait depuis janvier que nous croulons sous la pluie. » Au total, une journée entière de compétition a dû être annulée le 10 janvier, tandis que des dizaines de matchs sont reportés chaque week-end.
La situation est tout aussi préoccupante dans le Morbihan, où le district a déjà dû annuler deux journées de championnat cette année. Lionel Dagorne, président du district, témoigne des difficultés rencontrées : « Un petit club local n’a joué aucun match depuis début novembre. »
Matchs annulés, entraînements sporadiques
À Juch, entre Quimper et Douarnenez, les joueurs n’ont pas foulé la pelouse du stade depuis le 24 novembre. Bien que l’herbe paraisse verte et régulière, le terrain est inondé et spongieux. Nicolas Hascoët, président du club, explique que les drains, datant des années 1960, ne suffisent plus à évacuer l’eau : « C’est boueux, on s’enlise. »
Résultat : les deux équipes séniors n’ont pas pu s’entraîner sur place et doivent se déplacer à Quimper pour garder la forme. Malgré tout, Hascoët reste optimiste : « Nous sommes un club familial : l’état d’esprit est de rester ensemble, même en période difficile. » Le club a d’ailleurs des ambitions de montée en D1 cette saison, mais avec déjà trois matchs de retard.
Dans le club de Briec, la situation est similaire. L’équipe, qui ne dispose que d’un seul terrain éclairé, a été contrainte de remplacer ses entraînements par des séances en salle ou des footings dans la ville. Florian Guichoux, entraîneur, constate : « Depuis janvier, nous n’avons pratiquement pas pu nous entraîner sur l’herbe. »
Le risque pour les tournois de printemps et les coupes
Bien que les compétitions soient à jour au 31 décembre, le retard accumulé pourrait peser : « Le championnat est prioritaire sur les tournois », affirme Le Droff. Dans le Morbihan, cette priorité est également de mise. Pourtant, plusieurs clubs prévoient leurs tournois pour mai, au cœur de cette période délicate. « Si les arrêtés continuent, il est probable que des tournois doivent être annulés », explique Le Droff.
La situation est alarmante pour les clubs qui comptent sur ces événements pour générer des revenus. Guichoux parle d’un tournoi vital pour la trésorerie de son club prévu le 8 mai, alors qu'au Juch, le tournoi vintage se tiendra début juin. « Je croise les doigts pour que la situation se stabilise d’ici là. »
Pour essayer de rattraper le calendrier, le district envisage des changements majeurs pour les formats de tournoi : « Une solution consisterait à jouer des matchs plus courts en une seule journée », propose Le Droff.
Une intensification du calendrier en approche
Dans le Morbihan, les conditions météo n’ayant pas l’air de s'améliorer, des matchs pourraient avoir lieu durant les jours fériés. « Si cela continue ainsi, certaines équipes devront jouer deux à trois fois par semaine lors des ponts de printemps », prévient Dagorne. A Juch, Hascoët incite ses joueurs à ne pas partir durant cette période cruciale.
Une autre approche consisterait à inverser les matchs en jouant à l’extérieur pour éviter des terrains dégradés. Toutefois, certains clubs hésitent, craignant de perdre l’avantage du terrain. « Ils préfèrent poser des arrêtés pour forcer l’adversaire à se déplacer », remarque Le Droff.
Des rentrées d'argent mises à mal
Les conséquences financières se vérifient déjà, avec davantage de coûts pour se déplacer à l’extérieur et moins de recettes issues des entrées et des buvettes. Hascoët l’admet : « Les supporters ne viennent plus au stade depuis trois ou quatre mois. »
Un football amateur à deux vitesses
La situation du football amateur en Bretagne met en lumière un contraste majeur : si plusieurs terrains synthétiques sont construites chaque année dans le Finistère, cette modernisation ne touche pas tous les clubs. Guichoux prédit des inégalités croissantes : « Les petits clubs risquent de ne pas avoir les mêmes chances face à ceux qui bénéficient d’installations modernes. »
Au Juch, un terrain synthétique reste un rêve lointain, alors que des projets plus modestes comme la construction d’un club house font face à de nombreux obstacles. « Pour un synthétique, il faudrait que l’un de nous gagne à l’Euromillions ! » conclut Hascoët avec un soupçon d’ironie.







