Alors que plus de deux millions de citoyens ont exprimé leur désaccord à travers une pétition, la controversée loi Duplomb va être l'objet d'une discussion à l'Assemblée nationale le 11 février. Ce débat, inédit dans l'histoire de la Ve République, se déroulera sans vote, mais pourra observer les échos d'un nouveau texte pro-pesticide déposé récemment au Sénat.
Cette initiative, annonçant un affrontement entre partisans et oppositions, s'inscrit dans un climat déjà tendu. En effet, la loi, adoptée au Parlement début juillet avec le soutien de nombreux partis, avait suscité des inquiétudes quant à son impact environnemental. Des critiques ont été formulées sur des mesures controversées, notamment la réintroduction de l’acétamipride, un insecticide jugé nocif.
« À mon sens, ça ne sert à rien », a protesté une députée écologiste, alors qu'un autre élu, Stéphane Peu, a plaidé pour que la pétition soit mise au vote, face à un simple débat d'une durée limitée. Du côté des opposants à ces textes, une manifestation se tiendra à l'extérieur de l'Assemblée, avec le soutien de plus de 200 organisations, dont Greenpeace et la Confédération paysanne. D'autres rassemblements à travers la France témoignent d'une mobilisation permanente sur la question des pesticides.
La pétition sur le portail du Palais Bourbon désignait la loi comme une « aberration » tant sur le plan scientifique qu'éthique. « C'est une injustice pour les agriculteurs français », a déclaré le sénateur Duplomb, défendant l'utilité de ses lois pour des cultures spécifiques.
Dans un contexte où le Conseil constitutionnel a censuré certaines dispositions de la loi, une nouvelle proposition a été soumise par le sénateur, prenant en compte ces précédentes critiques. La députée insoumise Aurélie Trouvé a qualifié cette manœuvre de « charge trumpiste » contre le droit des citoyens à faire entendre leur voix, en référence à la pétition de plus de deux millions de signataires.
En attendant le débat, le Premier ministre Sébastien Lecornu a exclu d'intégrer cette nouvelle proposition dans une loi d'urgence actuellement à l'étude. Les discussions s'annoncent riches en émotions, avec une forte attente de la part des acteurs du secteur, mais également des préoccupations sur l'approche pragmatique des alternatives aux pesticides. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, sera également présente, répondant aux interrogations sur la portée de cette loi.
« Typiquement, là, si le seuil avait été un million, un million et demi, c’est un référendum qui aurait été enclenché et pas une pétition », a souligné la présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet, face à la nécessité d'une réforme du référendum d'initiative partagée pour donner davantage de pouvoir au peuple en matière de décisions législatives.







