Depuis plus de 30 ans, Bertrand Hardy a pris les rênes de "Photo Saint-Pierre", un magasin emblématique situé à deux pas de la cathédrale de Nantes. En 1993, après neuf années passées aux côtés de l'ancienne propriétaire, Monique Huteau, il parie sur l'avenir de la photographie argentique à une époque où le numérique domine.
Dans son atelier, où chaque appareil évoque une histoire, se côtoient des marques mythiques comme Minolta et Polaroid. Ces appareils sont soigneusement remis à neuf et prêts à séduire de nouveaux passionnés. Bertrand ne cache pas que les débuts de son entreprise ont été périlleux, mais il se réjouit d'avoir pris ce risque. "Les premiers mois ont été difficiles, mais ça a fonctionné. Je suis toujours là!"
Dans son antre, il connaît chaque modèle, joue les mécanos, et continue de développer des négatifs 24x36 tout en entretenant une clientèle fidèle de photographes exigeants. "Nous avons un stock d’épaves depuis quarante ans. On s’en sert pour dépanner les clients, car il n’y a plus de pièces disponibles chez Nikon pour certains modèles", indique-t-il, illustrant son ingéniosité. Cela fait de son atelier un lieu unique en région, comme le souligne France 3 Pays de la Loire.
Une nouvelle génération redécouvre le charme du grain
À la surprise générale, la photographie argentique connaît un regain d’intérêt. Les jeunes, nés à l'ère numérique, affluent pour découvrir la beauté du grain et la lenteur du processus photographique."Ils recherchent une matérialité, une profondeur qu'ils ne trouvent pas avec le numérique", explique un client fidèle, reflétant une tendance qui gagne du terrain.
Pour ces nouveaux adeptes, utiliser la pellicule est un apprentissage de la patience : pas d'écran pour vérifier le résultat et pas de clic frénétique. Juste la sérénité d'attendre que les images prennent vie, loin de l'agitation virtuelle.
L’argentique, une philosophie de l’image
Bertrand ne se positionne pas comme un nostalgique. "Je ne suis pas anti-numérique; ces deux mediums sont complémentaires. L’argentique offre une image physico-chimique tandis que le numérique repose sur le binaire", précise-t-il avec pragmatisme. Il sait que son métier est en voie d'extinction, mais il reste résolument optimiste. "Encore une vingtaine d’années, et puis j’arrête!"
À l’image de ses pellicules, Bertrand Hardy montre qu’il sait résister à l’épreuve du temps, fidèle à une passion claire, où la lumière et l’art se rencontrent en une image révélée.
Reportage de Cyril Dudon







