En période de canicule, plusieurs nouveaux bâtiments publics en Bretagne, tels que la gare et le conservatoire de Rennes, se métamorphosent en véritables fournaises. Leur récente inauguration soulève des interrogations sur leur capacité à résister au réchauffement climatique.
Le 25 juin, Rennes a enregistré un pic de 41°C. Le conservatoire, fraîchement inauguré en 2021, est resté fermé en raison de températures internes jugées dangereuses pour les usagers. Ses façades en verre et en métal ont causé une accumulation de chaleur insupportable.
Durant cette même semaine, la gare de Rennes, dont le toit ondulant a été dévoilé en 2019, a montré des températures atteignant 42°C à son dernier étage, comme le rapportent nos confrères de Le Télégramme. Les voyageurs ont décrit des conditions proches de celles d'une serre, à l'image de Léa Morin, 26 ans, qui a témoigné : "On a l'impression d'être une petite tomate dans un four".
À Nantes, la gare inaugurée en 2020 a également dû fermer sa mezzanine vitrée par temps chaud en juin 2025, témoignant des effets délétères du design architectural sur le confort thermique.
Ces trois équipements partagent une caractéristique regrettable : leur luminosité excessive. Clément Gaillard, expert en urbanisme bioclimatique, souligne que "la culture du survitrage" visant à maximiser la lumière naturelle entraîne des problèmes significatifs de surchauffe.
Olivier Dehaese, vice-président délégué au climat à la métropole rennaise, note que pendant des années, l'architecture bretonne a favorisé l'ensoleillement. L'objectif était de compenser le manque de lumière pendant l'hiver, sans tenir compte des vagues de chaleur estivales. Les normes thermiques de construction antérieures ont surtout visé à réduire la consommation d'énergie en hiver, négligeant les températures extrêmes de l'été.
Face à cette situation, une réflexion est nécessaire pour trouver un meilleur équilibre entre lumière naturelle et prévention de la chaleur dans les bâtiments. Dehaese prône des solutions, comme l'isolation extérieure, pour mieux contrer la chaleur. Les récents événements climatiques soulignent d'ailleurs l'urgence d'une adaptation face aux canicules répétées, conséquence du changement climatique amplifié par les énergies fossiles.
Pour atténuer les effets de la chaleur, la SNCF a installé des bâches sur la façade sud de la gare de Rennes et des brasseurs d'air en 2025. À Nantes, des films spécifiques sont testés pour réduire la chaleur dans la mezzanine.
Jacques Boulnois, architecte à l'université d'Orléans, évoque l'impact des nuits chaudes, où les températures ne baissent pas, entraînant une accumulation insupportable de chaleur. "Le type de matériau utilisé peut ne pas atténuer ce problème", précise-t-il.
Paco Vadillo, consultant en adaptation climatique, recommande d'éviter les constructions dans des environnements trop artificiels. Il souligne que dans des espaces comme ceux de Rennes, où les parvis sont peu ombragés, la chaleur peut devenir insupportable, même pour des bâtiments conçus pour la lumière.
Guillaume Meunier, consultant à l'Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb), indique que ces dernières décennies, la recherche de bâtiments emblématiques a souvent privilégié le vitrage au détriment du confort thermique. Il note que des normes révisées obligent désormais les architectes à se concentrer sur le confort et la ventilation, influencés par les récentes canicules, qui marquent un tournant significatif dans le domaine architectural.







