Lors du sommet de l’Otan à Ankara, Donald Trump a évoqué une licence pour permettre à l’Ukraine de fabriquer des missiles Patriot localement. Mais, au-delà des paroles, l’absence d’efficacité immédiate et les obstacles structurels soulèvent des doutes.
Le président américain Donald Trump, lors de ses échanges avec son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, a mis en avant la possibilité de produire sur place des missiles Patriot. Cette offre survient alors que ces armes cruciales, essentielles pour contrer les menaces aériennes russes, se font rares. Toutefois, certains experts estiment que cette annonce pourrait n'être qu'un effet d'annonce, comme le souligne Yves Boyer, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, comparant cette initiative à "de la poudre aux yeux".
Les missiles PAC-3, développés par Lockheed Martin et Raytheon, font l’objet d’une demande croissante, exacerbée par les conflits récents et la nécessité pour les États-Unis de réapprovisionner leurs stock après l’utilisation de 1.700 missiles dans la guerre avec l’Iran. Selon le Foreign Policy Research Institute, la production actuelle est de seulement 600 missiles par an, et le cycle de fabrication de chacun d’eux nécessite 24 mois, ce qui rend toute perspective de livraison rapide presque illusoire.
Trump a tenté de rassurer Zelensky, affirmant que cette initiative permettrait de "ne pas se plaindre d’un manque d’approvisionnement". Néanmoins, la mise en place d'infrastructures en Ukraine pour la production est une tâche de longue haleine, pouvant s'étendre sur cinq années, une période durant laquelle les installations deviendront des cibles stratégiques pour l'armée russe. Yves Boyer souligne également que les fabricants pourraient être réticents à cette initiative, et qu'une acceptation pourrait entraîner de longues négociations.
Les défis réglementaires sont également considérables, notamment en raison de normes strictes comme l’ITAR (International Traffic in Arms Regulations) qui régit l’exportation d’armements américains. Boyer estime que, dans ce contexte, l'aide américaine pourrait se restreindre à des actions de renseignement plutôt qu'à la fourniture de technologies de pointe.
Alors que le conflit en Ukraine se poursuit, cette annonce semble davantage illustrer les limitations d'un soutien direct, laissant le pays dans une position délicate face aux enjeux actuels. Il est donc crucial de rester prudent quant aux promesses électorales et à leur réelle mise en œuvre dans ce contexte de guerre et de tensions géopolitiques croissantes.







