Avec 335 258 animaux accueillis dans des refuges en 2025, la France se classe au premier rang européen pour l'abandon d'animaux. Comment des propriétaires peuvent-ils en arriver là ? Rencontre avec ceux qui ont dû dire adieu à leurs fidèles compagnons.
"Je n’oublierai jamais ses gémissements ce jour-là, ni mes larmes." Chaque 94 secondes, un animal est abandonné en France. Le constat est accablant : selon l'I.CAD et l'association solidarité peuple animal, l'Hexagone détient un triste record d'abandon, surtout exacerbé en été.
Les refuges se retrouvent souvent submergés chaque été alors que 80 % des propriétaires déclarent avoir adopté un animal par amour, selon une étude de Kantar FACCO. Les récits de ceux qui se trouvent dans cette situation nous éclairent.
"Nous n’avons pas su l’éduquer"
Anne Isabelle, trentenaire à l'époque, a accueilli un petit chiot Briard dans sa maison de location. Mais rapidement, son compagnon à quatre pattes s'est senti à l'étroit. "Nous n’avons pas su l’éduquer, je reconnais mon manque d'expérience," confie-t-elle aujourd'hui, 59 ans plus tard. Son chien, devenu adulte, s'échappait régulièrement. La situation a atteint un point critique lorsqu'il a mis un enfant en danger en fuyant sur une route. Désemparée, elle a finalement décidé de le confier à la SPA. "Je n’oublierai jamais ses gémissements ce jour-là," se souvient-elle, les larmes aux yeux.
Il "souffrait d’être seul"
Rosine et son mari ont eux aussi connu ce moment difficile. En 2006, sur un coup de cœur pour un chiot, ils l'ont pris sans réel plan. "On a réalisé qu’on n'était pas prêts," raconte-t-elle. Leur chiot, Baggio, a grandi rapidement, et sa grande énergie a créé des complications. "Il s’échappait sans cesse, creusait sous les clôtures... C’étaient des choses que nous n'avions pas envisagées," poursuit-elle.
Octroyant leur attention à leurs trois enfants et à leurs emplois, le couple a vite compris que Baggio avait besoin de plus. Rosine, réalisant l'ampleur de la situation, a tenté d'adapter son emploi du temps. Mais un suivi médical a révélé une maladie grave affectant sa capacité à gérer le chien. Par conséquent, ils ont cherché un nouveau foyer pour lui. Rosine a précisé : "Ce chien était notre responsabilité. C’était à nous de lui trouver un foyer qui lui convienne mieux."
Une rencontre fortuite à l'hôpital a mené à une discussion avec une infirmière en quête d'un chien pour ses parents retraités. Rosine a considéré cela comme un signe et, après avoir visité la nouvelle famille, elle a su que c’était le bon choix. Bien que déchirés, ils ont fait le pas. Quelques jours plus tard, ils recevaient une photo de Baggio, serein sur un canapé. "On a su qu’on avait fait le bon choix," se rappelle Rosine en souriant.
Comment expliquer un nombre aussi élevé d’abandons ?
Les témoignages des propriétaires abandonnés ne font que souligner une réalité troublante. "Le portrait que je dresse de ceux qui abandonnent leurs animaux est bien loin des clichés souvent véhiculés," affirme Annie Benezech, adjointe au maire et directrice de la SPA Montpellier Méditerranée Métropole. Les raisons cités comprennent des histoires de famille, de divorces et des difficultés financières.
Elle déplore également des pratiques douteuses : "Certains particuliers vendent ou donnent des animaux n'importe comment, ce qui nuit à la protection animale." Un constat partagé par d'autres experts, qui soulignent que tant que l'adoption d'animaux ne s'accompagnera pas de responsabilités claires et de sensibilisation à leurs besoins, le problème perdurera. La canicule peut également jouer un rôle, amenant certains à se débarrasser de leurs animaux pour des raisons de confort, comme on le ferait d'un meuble usé.







