Avec son roman "Nos héritages", l'auteure britannique Anna Hope, invitée du Festival du livre de Paris le 19 avril prochain, offre une réflexion poignante sur le thème de la transmission. Un manoir pittoresque de la campagne anglaise abrite une famille de la haute société dont les dynamiques dysfonctionnelles sont révélées lors des funérailles du patriarche. Ce décor unique permet à Hope d'approfondir la question du poids que nous laisse notre passé.
Quel a été le point de départ de votre roman ?
ANNA HOPE. J'ai découvert une étude du National Trust sur les manoirs d'Angleterre, notamment ceux du Sussex où je réside. Ce qui en ressort est préoccupant : la plupart de ces lieux auraient été financés par les profits de la traite négrière. J'ai souhaité explorer ce dilemme entre fierté et honte nationales, ainsi que la manière dont la violence peut réapparaître au sein des familles.
Parlez-nous de cette famille intrigante que vous dépeignez.
Élevée dans l'esprit des années 90 et des mouvements contestataires, j'ai côtoyé de nombreux « fils et filles de » dissidents de la classe aristocratique. J'ai voulu représenter ce contraste dans les personnages de mon livre : un hippie, une militante écologiste, un ancien toxicomane en quête de sérénité, et même une potentielle fille cachée d'Amérique. Ces jours tumultueux sont narrés non seulement par leurs voix mais aussi par celles des employés du domaine et d’une enfant. J'apprécie le roman choral, car il permet d’offrir une vision d’ensemble de notre société tout en restant ludique.
Pouvez-vous nous parler du « projet Albion », qui est au cœur de votre récit ?
Je m'attache à établir un rapport entre mes personnages et la nature. Pour eux, la nature constitue un refuge et, en retour, ils luttent pour sa protection et pour un monde meilleur. Frannie, l'aînée, représente ce combat. Responsable du domaine, elle œuvre depuis des années à un projet de ré-ensauvagement des terres familiales. Ainsi, elle espère redonner vie à leur héritage et établir un corridor écologique. Cependant, les révélations sur l'origine du manoir vont remuer ses certitudes.
En somme, ce roman questionne la transmission et notre héritage. Pensez-vous que c'est la problématique majeure de notre époque ?
Absolument, surtout dans un contexte d'urgence climatique, où la survie de notre planète est en jeu. Les traumas personnels et collectifs résonnent dans les familles et dans la société. À travers mon livre, je voulais illustrer comment nous jonglons avec notre héritage, comment les injustices commises par nos ancêtres peuvent se manifester, et les efforts que nous fournissons pour les corriger. Quelle meilleure plateforme que la littérature pour réfléchir à ce que nous recevons et à ce que nous léguerons ?
"Nos héritages", d'Anna Hope, traduit de l'anglais par Marguerite Capelle, Gallimard, 448 p., 24 €.
Festival du livre de Paris, du 17 au 19 avril au Grand Palais, à Paris (8e). Plus d'infos sur festivaldulivredeparis.fr.







