À l'approche de la présidentielle de 2027, les trois principales associations d'élus locaux de France, regroupant des maires, des départements et des régions, expriment leur désenchantement face à la décentralisation. Elles dénoncent une recentralisation alarmante sous le gouvernement d'Emmanuel Macron, un événement au ton décisif à quelques mois des élections.
Ceux qui suivent de près la question territoriale ne sont pas étonnés par ce constat. Un communiqué, signé par ces trois catégories d'élus, témoigne d'une nouvelle mobilisation des « Territoires unis ». Dans un texte publié le 30 avril, ils critiquent ouvertement le projet de loi « État local », affirmant que l'élan décentralisateur du gouvernement a disparu. Selon les signataires, ce projet, censé renforcer le pouvoir local, se solde par une nouvelle concentration des pouvoirs entre les mains de l'État, une tendance préjudiciable pour la démocratie locale.
Les signaux d'alarme sont clairs. Le texte en question propose un aménagement du territoire dont les arbitrages sont accrus par les préfets, renforçant selon eux une logique de contrôle sur les collectivités, déjà soumise à une défaveur constante depuis 2018, lors de la publication de l'« Appel de Marseille ». À l'époque, les représentants des différentes strates de la politique locale se sont unis pour exprimer leurs inquiétudes face à une gouvernance accrue.
« Les circonstances nous incitent à défendre une certaine vision de la France », déclare François Sauvadet (UDI) dans les colonnes du Figaro. Il appelle la classe politique à réagir face à l'urgence d'une décentralisation devenue une question de premier plan. Son confrère David Lisnard, président de l'AMF, abonde dans ce sens, affirmant que les élus partagent souvent les mêmes réflexions sur des enjeux cruciaux et appellent à accorder davantage de confiance aux territoires.
Le président des Départements de France évoque cette renaissance des « Territoires unis » comme une volonté de défendre les libertés locales. Pourtant, il semble que l'espoir d'une relance décentralisatrice s'amenuise face à une gouvernance macroniste en fin de cycle. Sébastien Lecornu est perçu soit comme un simple exécutant, soit comme un complice d'une recentralisation jugée suffisante pour soulever les inquiétudes des élus locaux. Des chiffres alarmants rapportés par Le Monde indiquent que 90 % des financements des maires sont désormais dépendants de l'État.
Ces associations d’élus témoignent d’un bilan triste de la décentralisation, regrettant les occasions manquées. Carole Delga (PS), à la tête des Régions de France, dénonce un projet de loi incompréhensible qui recentralise encore plus autour du préfet, témoignant d'une promesse non tenue par Emmanuel Macron. Lisnard questionne le bilan du président en déclarant : « Un bilan vide est-il un bilan ? »
La critique va crescendo, avec des élus tels qu'André Laignel pointant une « recentralisation massive » et une contradiction entre les discours présidentiels et les actions mises en œuvre. Les déceptions se succèdent, et les promesses de décentralisation s'évaporent à chaque nouvelle législation. Les élus locaux se battent pour ne pas être écartés de la prise de décision et réclament simplement des « moyens d’agir » plutôt que de se voir dé-considérés dans leur rôle.
Les observateurs tels que Hervé Morin, ancien ministre et président d'une région, partagent ce sentiment d'urgence et de désespoir. Selon lui, le manque de communication et d'écoute de la part de l'État créera des fractures dans la démocratie locale, soulignant que les collectivités subissent des ponctions financières qui mettent à mal leur fonctionnement. Il conclut en mettant en garde contre des élections à venir qui pourraient trahir un manque de réactivité de la part des responsables politiques sur cette question cruciale.







