Le sommet de l’Otan réuni en Turquie a été l’occasion pour les dirigeants européens de démontrer leur engagement envers la défense du continent, une nécessité face aux récentes tensions internationales. Alors que la Maison-Blanche exigeait une prise de conscience accrue du devoir défense, les États européens, soutenus par des budgets militaires en croissance, se préparent à justifier leurs efforts. Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, l'incertitude concernant l'engagement des États-Unis au sein de l’OTAN rend la situation encore plus pressante.
Face aux critiques incessantes de Washington concernant le « parapluie américain », les chefs d'État ont montré des preuves tangibles de leur volonté d’augmenter leurs dépenses militaires, avec de nombreux pays qui atteignent ou dépassent déjà l’objectif de 2 % de leur PIB, comme le révèle le rapport annuel 2025 de l’OTAN. À terme, l’organisation vise un objectif plus ambitieux de 5 % d’ici 2035, réparti entre dépenses militaires et infrastructures critiques.
Alain De Neve, chercheur à l’Institut royal supérieur de Défense en Belgique, souligne l’importance croissante des enjeux de défense dans le discours politique européen : « Les questions budgétaires sont redevenues une priorité, permettant des débats qui n’auraient pas eu lieu auparavant, comme ceux liés à l’armement nucléaire ». Cette évolution marquée reflète un changement de perception des menaces, les États baltes et la Pologne, en première ligne, conduisant la charge avec des investissements militaires atteignant jusqu'à 4,5 % de leur PIB.
Les dominantes nouvelles en matière de défense en Europe sont également visibles chez des puissances comme l’Allemagne, qui a opéré un changement stratégique radical depuis 2022, avec un budget de 100 milliards d’euros pour renforcer ses capacités militaires. De son côté, la France entame une montée en puissance avec 400 milliards d'euros d'investissements d'ici 2030. Ce virage militaire permet à ces nations de réfléchir à une autonomie stratégique européenne, renforçant ainsi leur rôle dans l’OTAN.
Cependant, malgré la hausse des budgets, le chemin reste long pour transformer ces financements en véritables capacités opérationnelles. Le manque de coordination entre les États membres et l'existence de programmes militaires redondants sont des obstacles notables. Comme le souligne Alain De Neve, « la force dissuasive principale reste, aujourd’hui, le parapluie nucléaire américain », mettant en évidence les défis qui demeurent malgré les efforts croissants de l’Europe.







