L'avenir précaire de 400 000 étudiants du supérieur privé en France

Un rapport alarmant dévoile les risques encourus par des milliers d'étudiants en France.
L'avenir précaire de 400 000 étudiants du supérieur privé en France
Le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste se dit « globalement favorable » aux recommandations de l’Igas et de l’Igesr. © (Photo archives NR, Thierry Roulliaud)

Scolarité coûteuse et qualité incertaine : un rapport d'inspection publié fin juin 2026 souligne les risques majeurs pour des centaines de milliers d'étudiants du supérieur privé, face à un manque de contrôle sur ces établissements.

Un rapport d’inspection alerte sur la possible faillite de nouveaux établissements d’enseignement supérieur lucratif cette année. Les autorités sont pointées du doigt pour leurs contrôles jugés « défaillants », avec des recommandations claires pour protéger les étudiants. Les défaillances devraient « se poursuivre dans les mois à venir », selon ce document élaboré par les inspections générales des affaires sociales (Igas) et l’éducation (Igesr) publié le 26 juin 2026. Ce rapport demande une mobilisation des pouvoirs publics pour « assurer un bon accompagnement des étudiants dans la poursuite de leurs études ».

Issu d’une mission confiée en mai 2025, ce rapport vise à évaluer l'utilisation des fonds publics et la pertinence des formations dans un secteur en pleine expansion, où le coût d'une année d'études peut atteindre 10 000 €. « Cette dynamique de croissance s’accompagne d’un recours élevé à l’endettement, qui, combiné à l'exigence de rentabilité, oblige les écoles à générer chaque année une trésorerie suffisante pour assurer la viabilité du modèle. Les niveaux d'endettement observés exposent également certains établissements à de fortes fragilités financières », mettent en garde les inspections.

Ces préoccupations sont apparues après la publication du livre Le Cube par Claire Marchal, qui révélait des dérives au sein du géant du secteur, Galileo Global Éducation, telles que des frais de réservation non remboursables, des classes surchargées et une réduction des heures de cours, au détriment de la qualité.

Un secteur en difficulté pour 400 000 étudiants

Les inspecteurs ont examiné des institutions telles que le groupe de Galileo, partiellement détenu par un fonds de pension public canadien, et le Collège de Paris, compris parmi d'autres entités sous le même contrôle. Leur rapport met en avant un constat préoccupant : beaucoup de formations sont jugées insuffisantes, et les pouvoirs publics manquent d'une vision d'ensemble du secteur, tandis que les dispositifs d’évaluation et de contrôle souffrent de lacunes significatives. « Ces insuffisances font peser divers risques sur environ 400 000 étudiants du secteur lucratif privé, représentant près de 15 % de l’ensemble des élèves, avec des promesses d'insertion professionnelle non tenues et une vie étudiante souvent réduite », regrettent les inspecteurs.

La nécessité d'une régulation stricte

Le rapport préconise des exigences strictes pour les groupes dont la fermeture pourrait constituer un « risque systémique ». Parmi les recommandations, la présentation obligatoire d’un plan d’études pour les étudiants, l’interdiction de labels tels que « bachelor » et « mastère », ainsi qu’une transparence totale sur les résultats d’insertion professionnelle.

Dans un article des Échos, le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, a exprimé son soutien aux recommandations, qui rejoignent en partie un projet de loi de régulation en cours d'examen, s’apprêtant à être discuté à l’Assemblée nationale en septembre. « Notre objectif est de nous débarrasser des “voyous en col blanc” qui arnaquent les étudiants et ternissent l’image de l'ensemble du secteur privé, pour lequel nous manquons actuellement de moyens d'évaluation », a-t-il affirmé.

Depuis 2018, le secteur privé a connu une croissance rapide, notamment grâce à une loi sur l’apprentissage. Beaucoup de ces établissements, à but lucratif, sont désormais détenus par des groupes privés, souvent soutenus par des fonds d’investissement, dont le visée principale reste le profit, ce qui les distingue des écoles privées à but non lucratif. Les aides publiques au titre de l’apprentissage peuvent représenter jusqu’à 70 % de leur chiffre d’affaires.

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