L'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, va enfin s'exprimer ce mardi sur l'affaire du financement libyen, après avoir été condamné en première instance à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs.
Depuis le lancement de ce procès en appel, Nicolas Sarkozy a adopté une posture prudente. Dès cet après-midi, il sera interrogé, une procédure qui pourrait s'étaler sur quatre jours.
Lors du procès initial, l'ex-président (2007-2012) s'était montré vocal sur son innocence, dénonçant une "infamie" et affirmant avoir été condamné en raison de la "haine" qui l’entoure. Après avoir purgé une peine de 20 jours avant de bénéficier d'une libération sous contrôle judiciaire, il souhaite aujourd’hui rétablir la vérité lors de son témoignage.
« Je n'ai commis aucun des faits pour lesquels j’ai été condamné. Je me battrai pour prouver ma vérité », a-t-il déclaré en toute sobriété peu après l'ouverture des débats, selon Le Parisien.
Relaxé de trois infractions en première instance
Le président de la cour d'appel, Olivier Géron, a programmé jusqu'à quatre jours d'interrogatoires pour Sarkozy.
Dans ce dossier controversé, l'ancien chef de l'État est accusé d'avoir reçu des fonds de la Libye de Mouammar Kadhafi pour sa campagne présidentielle de 2007. En première instance, il a été relaxé de trois des quatre accusations prévues, les juges n'ayant pas trouvé de preuves concrètes quant à l'origine de ces fonds, bien qu'un transfert de 6,5 millions d'euros ait été confirmé.
Rendez-vous secrets
Toutefois, les magistrats ont établi que des rencontres secrètes avaient eu lieu entre ses collaborateurs, Claude Guéant et Brice Hortefeux, et des représentants du régime libyen, ce qui jette une ombre sur son innocence. Abdallah Senoussi, leur interlocuteur, a été condamné en France pour son implication dans l'attentat du DC-10 d'UTA, ayant causé la mort de 170 personnes.
Pour ce procès, la cour n’a pas pu entendre Claude Guéant, souffrant d’un état de santé l’empêchant de comparaître. En revanche, Brice Hortefeux a pu fournir son témoignage, limitant sa responsabilité dans ce qui a été décrit comme une rencontre accidentelle.
Éric Woerth, un autre prévenu relaxé, a rappelé que les fonds circulant durant la campagne de 2007 provenaient de donateurs anonymes, une affirmation qu'il a réitérée avec force.
« Le devoir de mémoire a été sacrifié »
En parallèle, les familles des victimes de l'attentat du DC-10 d'UTA ont exprimé leur indignation envers l'ancien président et ses co-accusés. Françoise Tenenbaum-Klein, dont le frère a péri dans l'attentat, a demandé : « Si quelqu'un de votre famille avait été à sa place, accepteriez-vous de rencontrer son assassin ? »
Maryvone Raveneau, veuve du pilote, a quant à elle déclaré : « Le devoir de mémoire a été sacrifié sur l’autel des ambitions personnelles », mettant en lumière le poids de cette affaire sur le processus judiciaire et la mémoire des victimes.







