Les employés de Samsung Electronics, leader sud-coréen dans le secteur des puces mémoires, sont actuellement en train de voter sur un accord crucial pour éviter une grève majeure. L'accord propose une prime individuelle exceptionnelle liée aux profits générés par l’intelligence artificielle (IA).
En cours de négociation avec sa confédération syndicale, Samsung a convenu de verser en moyenne 290.000 euros, principalement sous forme d’actions, à ses employés. Ce montant vise à contrer une grève initialement prévue de 18 jours qui aurait commencé jeudi dernier.
Le constructeur a connu une croissance phénoménale de son activité récemment, avec un bénéfice d'exploitation du premier trimestre en hausse de près de 750% par rapport à l'année précédente. Sa capitalisation boursière a même franchi le cap des 1.000 milliards de dollars début mai.
Environ 70.000 salariés syndiqués sont appelés à voter par voie électronique jusqu’au 27 mai. Si plus de la moitié des votants se manifestent et qu'une majorité approuve l'accord, ce dernier sera ratifié automatiquement, a assuré un avocat du syndicat.
Ce nouvel arrangement de primes, qui s'applique à la division des semi-conducteurs, équivaut à 10,5% du bénéfice d'exploitation du département, avec un complément de 1,5% en espèces. Environ 78.000 employés, représentant près de 62% de la main-d'œuvre nationale de Samsung, devraient bénéficier d'une compensation totalisant 509 millions de wons, soit environ 290.000 euros, selon un responsable de l'entreprise cité par l'AFP.
L’accord est conçu pour durer dix ans, mais il dépendra de l'atteinte d'objectifs de performance ambitieux. Les observateurs s'inquiètent néanmoins des effets à long terme de cette structure de primes, notamment sur l'investissement dans l'innovation.
Avec Samsung représentant à lui seul 12,5% du PIB de la Corée du Sud, la crainte d'une grève a suscité des préoccupations considérables. Les experts, comme Kim Dae-jong de l'université Sejong, soulignent que l’essor de l'IA intensifie les enjeux de répartition des bénéfices, suscitant des revendications dans d'autres secteurs tels que la biotechnologie et l'automobile.
Les primes élevées pourraient dissuader les talents de quitter le pays pour des opportunités à l'étranger, tandis que d'autres entreprises, notamment Tesla, renforcent leurs investissements dans les semi-conducteurs. Les syndicats de SK Hynix ont rapporté avoir distribué des primes beaucoup plus généreuses l'an dernier, augmentant les tensions sectorielles.
En interne, cet accord creuse un fossé entre les départements, en créant des inégalités pour les employés de divisions moins prospères comme les écrans et l'électronique. De plus, un groupe d'actionnaires conteste la légitimité de l'accord, menaçant de le bloquer par voie judiciaire.
Le président sud-coréen Lee Jae-mung a adopté une approche réservée face aux tensions chez Samsung, tout en plaidant pour une réflexion collective sur le partage des bénéfices de l'IA. Un débat sur la mise en place d'un "dividende national" pour soutenir le revenu de base a émergé, mais a depuis été nuancé par le gouvernement.







