Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, le démantèlement de la centrale nucléaire demeure une question cruciale pour la sûreté en Ukraine. Sous l’arche qui recouvre le réacteur 4, se cache l'une des matières les plus dangereuses sur Terre : le corium. Que représente réellement ce magma radioactif et quelles en sont les implications ? Patrice François, expert de l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), éclaire ce sujet complexe.
Le 26 avril 1986, une explosion violente a dévasté la centrale de Tchernobyl, localisée près de la ville de Prypiat, en Ukraine. Les pompiers sont intervenus immédiatement, ignorant qu'ils faisaient face à l'une des pires catastrophes nucléaires de l'Histoire. Quatre décennies plus tard, le corium, matière ultra toxique, reste toujours présent sous le sarcophage qui protège les restes de la centrale, comme le souligne Midi Libre. Patrice François nous donne un aperçu de cette substance à la fois inaccessible et effrayante.
Qu’est-ce que le corium ?
Le corium, un magma résultant de la fusion des matériaux dans le cœur d’un réacteur nucléaire, devient critique lorsque le refroidissement fait défaut. "Le corium présente une toxicité sans commune mesure, englobant des isotopes radioactifs tels que l'uranium et le plutonium. Sa manipulation est strictement prohibée", explique Patrice François.
Pour contenir le corium, la température doit impérativement diminuer. "En s'étalant sur de larges surfaces, il finit par refroidir, atteignant des températures de 80 à 100 °C. Le contact avec le béton joue un rôle crucial dans ce processus", précise l’expert.
La formation du corium
Sur les lieux de l'accident, le corium a été généré par la fusion des combustibles nucléaires, nécessitant des températures d’environ 2 500 à 2 600 °C. Pendant cette opération, l'uranium fusionne avec les structures en acier environnantes, formant un liquide colmaté. Comme l'indique Patrice François, ce magma, à la fois mobile et dangereux, a traversé plusieurs niveaux de la centrale, provoquant une destruction considérable.
Les accidents nucléaires, de Tchernobyl à Fukushima, soulignent la gravité de ces événements. À Tchernobyl, la fusion a entraîné une explosion, tandis qu'à Fukushima, le corium a percé la cuve du réacteur. "Chaque incident est unique, avec Tchernobyl représentant un cas particulièrement tragique", note Patrice François.
La quantité de corium à Tchernobyl
Actuellement, le corium se trouve à l'état solide et a sévi sous le réacteur, s’étalant à travers trois niveaux. Sur un total initial de 160 tonnes, on estime qu'environ 60 à 80 tonnes de ce matériau ont été libérées. Notablement, près de 96 % du cœur du combustible nucléaire demeure présent.
Le fameux "pied d'éléphant" de Tchernobyl
Au sein de la centrale, une formation bien connue de corium, surnommée "pied d’éléphant", a attiré l'attention. "Ce magma a pris une forme cylindrique avant de s'aplatir sur le béton, créant une structure ressemblant à la patte d'une énorme créature", explique Patrice François. Ce phénomène, bien que constituant une infime partie du corium, illustre la nature complexe et intrigante de cette substance.
Le confinement du corium
Suite à l'accident, un premier sarcophage a été construit, mais son imperméabilité a rapidement été remise en question, incitant à l'édification de l’arche actuelle pour empêcher les infiltrations d'eau. Cette structure est prévue pour durer un siècle, avec des efforts de démantèlement et de récupération du corium devant débuter dans les prochaines décennies.
L'avenir du corium
Les plans futurs pour le corium incluent son extraction, probablement à l'aide de robots. "L’exposition aux radiations est trop élevée pour la sécurité humaine", avertit Patrice François. Ces équipements devraient permettre de récupérer le corium en toute sécurité et de le transporter vers des sites géologiques dédiés, comme le projet Cigeo en France, même si pour l'heure, de telles installations manquent en Ukraine.
Le corium de Tchernobyl demeure un défi colossal, un héritage d'une catastrophe à ne jamais oublier.







