Dans la nuit du 26 avril, un appel désespéré retentit au standard des pompiers de Tchernobyl : "Qu'est-ce qui brûle ?" s'interrogeait une opératrice, avant de recevoir cette réponse glaçante : "Il y a eu une explosion. Alertez tout le monde." C'est à ce moment-là que tout a basculé.
Il est presque 1h30 lorsque les pompiers sont appelés. Une quinzaine d'entre eux se rassemblent en hâte, peu conscients de l’ampleur de la situation. Face au réacteur n°4, ils constatent une épaisse fumée s'échappant du site. Armés de leurs lances à incendie, ils se préparent à intervenir, sans avoir aucune idée de ce qui les attend.
"Ils ont tenté d'éteindre les flammes sans protection. Personne ne les avait prévenus. Ils étaient juste en chemise," témoigne Lyudmilla Ignatenko, veuve d’un des premiers pompiers, dans le livre *Les voix de Tchernobyl* de Svetlana Alexievich.
Un exercice de sûreté fatidique
Au moment où les premiers secours arrivent, les opérateurs du réacteur, qui devaient mener un test de sécurité, ne réalisent pas que le réacteur est devenu incontrôlable. Pour compenser un retard dans l'exécution de la procédure, ils agissent dans la précipitation, ignorant les signaux de danger.
Nikolay Karpan, ingénieur en chef adjoint à la centrale, a expliqué dans son livre, *Les premiers jours de l'accident de Tchernobyl*, que les premiers relevés indiquaient déjà une catastrophe imminente. Cependant, pour éviter la panique, les autorités ont tardé à réagir, et ils ont menti sur l’ampleur de l’accident.
Les interventions des pompiers se révèlent désastreuses. Alors qu'un employé déclenche l'arrêt d'urgence en appuyant sur un bouton du tableau de contrôle, la réaction en chaîne s'emballe. L’explosion qui suit éjecte les débris radioactifs dans l'atmosphère, provoquant une crise sanitaire sans précédent.
Une évacuation tardive et chaotique
Malgré les avertissements, l'évacuation de Pripyat, la ville la plus proche, n’a été ordonnée que plusieurs jours après l’accident. Les 30.000 habitants, plongés dans l’ignorance, ont laissé derrière eux leurs biens, convaincus de devoir revenir rapidement.
Le 28 avril, alors que des centaines d'hélicoptères survolent la zone pour disperser des matériaux sur le réacteur en feu, les autorités tardent à admettre les véritables implications de la catastrophe. La Suède, alertée par des niveaux de radioactivité anormaux, sonne l'alarme, poussant les États-Unis à demander des éclaircissements à l'Union soviétique.
"L'accident a causé une destruction partielle du réacteur et une fuite de matières radioactives," a reconnu le gouvernement soviétique trois jours après la catastrophe.
Tout au long des dix jours qui suivent l'accident, les autorités minimisent l'incident. Un bilan officiel a d'abord évoqué deux morts, alors que les véritables chiffres sont bien plus élevés. L'AIEA indique que des centaines de cas de cancer de la thyroïde chez les enfants ont été enregistrés, ce qui laisse craindre un impact à long terme sur la santé publique.
Les efforts de décontamination, menés principalement par des "liquidateurs" souvent mal protégés, ajoutent un lourd fardeau aux conséquences déjà catastrophiques de l'accident. Au-delà des pertes humaines, l'environnement a également subi des dégâts colossaux, touchant durablement des régions entières de l'Ukraine, de la Biélorussie et même de la Russie.
Quarante ans après, les cicatrices de Tchernobyl restent visibles. Non seulement le site lui-même est devenu un symbole de désastre, mais il rappelle aussi l'importance primordiale de la transparence et de la préparation en matière de sécurité nucléaire.







