Faciles à acquérir et à modifier, les pistolets à blanc transformés en armes létales gagnent du terrain sur le marché noir. Les enquêteurs tirent la sonnette d'alarme concernant une filière de plus en plus active, notamment en provenance de Turquie, alors que ces dispositifs apparaissent fréquemment dans des affaires criminelles.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Bien que les pistolets à blanc soient conçus pour être inoffensifs, leur transformation en véritables armes représente un réel danger. Initialement, ces dispositifs possèdent un canon obstrué et sont réalisés dans des matériaux plus fragiles, leur interdisant la capacité de tirer des projectiles réels. Pourtant, des délinquants expérimentés comptent sur divers procédés de modification. Ce phénomène suscite une préoccupation grandissante au sein des autorités. Par exemple, à Pontoise, en Île-de-France, un conflit survenu sur le parking d'une pharmacie a été capturé par les caméras de surveillance, révélant l'utilisation d'une arme de poing semi-automatique d'origine à blanc. Le tireur a été condamné à 16 ans de prison, les vidéos aidant les enquêteurs à identifier rapidement l'arme utilisée !
Dans le cadre des constatations, il est noté : "Une arme de poing semi-automatique d'origine à blanc... modifiée permettant le tir de munitions réelles."
Un trafic florissant sur les réseaux
Ça fait un moment que le trafic existe, mais le nombre de saisies ne cesse d'augmenter. La clé du succès ? Leur accessibilité en ligne. Une enquête récente menée par des journalistes sur Telegram a révélé des échanges troublants avec un vendeur : "Dis-moi, t'as besoin de quoi comme calibre ?" a-t-il demandé. Face à notre demande, il a proposé un stock de pistolets 9 mm, vendus à un prix attractif de 750 euros, sous prétexte qu'ils étaient "jamais utilisés, propres", livrés directement à domicile, tout cela sous couvert d'une sécurisation renforcée.
Une filière turque dans le viseur
Pour mieux comprendre cette problématique, des experts ont été interrogés dans un laboratoire en région parisienne. Leur première analyse sur nos images était sans appel : "Ces armes sont repeintes pour ne plus être reconnues comme à blanc. Les marquages sont enlevés, les transformant en armes réelles." Antoine Museau, expert balistique à l’Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN), alerte également sur l'origine turque de ces dispositifs, qui sont de meilleure qualité. Cela pose un véritable risque pour les forces de l'ordre, car ces pistolets deviennent en effet plus durables et résistant au tir. "La Turquie exporte vers l’Europe des armes pouvant contenir des éléments en acier plus souples," explique-t-il, soulignant la gravité de la situation.
Une marque en particulier se distingue dans ce commerce : "Ekol Voltran", basée à Istanbul. Selon un représentant de la société, ces pistolets sont initialement destinés à un usage d'entraînement. Cependant, sa prise de conscience face au détournement de ces produits semble tardive. "Aucun service de police ou ONG ne nous a contactés pour nous alerter," a-t-il déclaré, offrant sa coopération si des informations précises pouvaient être fournies.
Ce phénomène n’est pas uniquement un problème français, la Grande-Bretagne a même constitué sa propre législation interdisant ces pistolets. Face à cette escalade, il est essentiel que les autorités agissent avec rapidité et détermination. La fragilité d’un système mis en place pour la sécurité publique est mise à l’épreuve, ce qui soulève des questions préoccupantes sur la réglementation des armes à feu en général.







