C'est un exemple poignant de solidarité au sein du monde agricole en Bretagne. À Domloup, à quelques kilomètres à l'est de Rennes, Eddy, un réfugié camerounais, s'affaire sur les terres de Grégory Bertel, un éleveur de vaches à viande. Ce dernier a décidé de mettre à disposition l'un de ses 65 hectares de terre à Eddy, qui a depuis formé le collectif des agriculteurs philanthropes. Ce groupe regroupe environ 25 réfugiés sans papiers, qui se retrouvent plusieurs fois par semaine pour travailler cette parcelle. Ils sont motivés par un seul objectif : fournir des récoltes aux plus défavorisés, notamment à travers les Restos du Coeur.
La solidarité comme moteur
Avant de fuir le Cameroun, Eddy dirigeait une exploitation agricole où il cultivait essentiellement du cacao et des palmiers à huile. Malheureusement, sa vie a basculé quand un groupe d'hommes l'a attaqué, l'a ligoté et lui a volé près de 500 poules. Ainsi, en fin 2022, il a dû quitter son pays pour sauver sa vie. Le chemin de l'exil a été long et semé de dangers. Sur les 78 personnes qu'il y avait à bord du bateau de fortune qui l'a mené en France, 50 ont perdu la vie, relate-t-il avec émotion.
Arrivé en France depuis trois ans, Eddy a découvert la solidarité des associations, comme les Restos du Coeur. Touché par la générosité des bénévoles, il a ressenti l'envie de rendre la pareille. Son expérience comme agriculteur lui a permis de fonder le collectif, qui aide aussi ceux qui, comme lui, sont en attente d'un titre de séjour. Chaque fois qu'un membre vient, il faut que je trouve de quoi lui payer le ticket de bus, car c'est 2 euros 50 depuis Rennes, ce n’est pas facile, confie Eddy.
"Si je peux l'aider à mon petit niveau, je le fais"
Dans leur parcelle, les réfugiés cultivent des aliments variés, du bio et en agroforesterie. Ce qui est récolté est partagé avec des associations, tout en permettant à chacun de bénéficier d'une partie. Eddy précise fier : Les blettes que vous voyez là, je les apporterai jeudi aux Restos du Coeur de Melesse.
Pour cette initiative, Eddy exprime sa gratitude envers Grégory Bertel : On le voit comme un bon samaritain, il veut contribuer à aider les vulnérables. Grégory, éleveur de 54 ans, s’indigne face aux injustices sociales. On est tous des humains, ensemble sur cette petite planète. Dans nos campagnes, le racisme existe parce qu'on ne voit pas d'étrangers.
Les défis que rencontrent Eddy sont réels, notamment sur le plan administratif, où sa demande d'asile a été refusée par l'État français. Les autorités n'ont pas cru à mon histoire, souligne-t-il, visiblement désillusionné. Néanmoins, il garde espoir et continue de travailler sur cette parcelle. Quand on est dans ma situation, on n'a pas le choix, il faut avancer, et cela passe par le travail.
Pour financer son projet, Eddy a lancé une cagnotte en ligne, qui a déjà atteint près de 8 000 euros, visant à soutenir les dépenses liées à l'exploitation de son champ. Vous pouvez contribuer ici.







