Des milliers de manifestants ont investi les rues de Rennes récemment, avec un mot d'ordre fort : "défendre leurs acquis sociaux". Ce mouvement, qualifié de "premier mai spécial", fait écho à un contexte où le gouvernement envisage de modifier le statut de cette journée chômée.
Les pêcheurs plaisanciers du Morbihan, en particulier, sont en émoi face à l'application RecFishing, un outil élaboré par l'Union européenne. Les autorités, soucieuses de la préservation des espèces vulnérables comme le lieu jaune, la daurade ou le bar, imposent aux pêcheurs de l'utiliser pour déclarer leurs prises chaque fois qu'ils sortent en mer. Selon des déclarations recueillies par France Bleu Bretagne, cette obligation est perçue comme une intrusion excessive dans un domaine traditionnel et familial.
Jérôme, un pêcheur de Larmor-Baden, se dit exaspéré par cette nouvelle réglementation : "On en a marre d'être infantilisés, affirme-t-il, ardent défenseur de l'indépendance bretonne.
Pour sa part, son ami Christophe a accepté d'utiliser RecFishing après avoir été contrôlé en mer. "Ils étaient sympathiques, mais j'ai compris que sans cette application, je risquais une amende", explique-t-il. Réfractaire à la technologie, il ajoute : "Je ne suis pas sur les réseaux. La plupart des pêcheurs ici, surtout les anciens, n'ont même pas de smartphone." Des préoccupations similaires émergent parmi les membres de son entourage, qui dénoncent une réglementation faite par des technocrates déconnectés de leur réalité.
Des tensions palpables
Bertrand Fenart, créateur de l'association des pêcheurs du golfe du Morbihan, alerte sur les incohérences de cette douzaine réglementaire. Même si l'application permet de déclarer les prises dans les 24 heures, cela reste ardu. "Il nous est impossible de revenir sur la session une fois terminée, ce qui fausse complètement les statistiques", soutient-il, frustré par cette réglementation qu'il juge "absurde".
Cette colère est palpable, avec des pêcheurs évoquant des échos de mouvement social. "Il y a du gilet jaune dans l'air", estime Fenart, soulignant que cette réglementation touche à des passions vitales. Beaucoup de ces pêcheurs n'ont d'autres activités que celle-ci, et toute restriction serait une atteinte à leur liberté.
Les autorités, de leur côté, adoptent une approche de prévention pour le moment, mais des amendes pour les contrevenants sont à prévoir. En effet, un arrêté du ministère de la Transition écologique impose le respect de cette application, qui sera pleinement opérationnelle d'ici 2025.
Les pêcheurs du Morbihan se retrouvent donc pris dans un entrelacement complexe d'engagement communautaire et de traditions personnelles, questionnant la place de la réglementation à l'ère numérique.







