Les 225 membres de la coopérative des producteurs de Loire-Atlantique ont choisi d'investir leurs dividendes pour financer la rénovation des digues, essentielles à la préservation des marais salants.
Parmi les paysages façonnés par l'homme, les marais de Guérande (Loire-Atlantique) sont parmi les plus vulnérables. Des digues de terre, simplement construites, séparent la mer des marais. « Nous sommes directement affectés par les inondations. Nos salines se trouvent en moyenne à 3 mètres en dessous du niveau de la mer. Une brèche permet à l'eau d'envahir nos installations », explique Thibaut David, paludier et membre du conseil d'administration de la coopérative Le Guérandais.
Les paludiers récoltent le sel dans des bassins appelés œillets, fabriqués à la main en argile. Les tempêtes peuvent facilement détruire années de récoltes. Dans cette lutte incessante contre les éléments, les coopérateurs ont récemment décidé à l'unanimité de consacrer plus de 100 000 euros de leurs bénéfices à la conservation des digues.
Investir dans l’avenir
« Ce sont des revenus tirés de Terre de Sel, où les visiteurs effectuent des visites des marais et achètent des produits locaux, précise Thibaud David. Plutôt que de se verser ces gains, les membres de la coopérative ont choisi de les réinvestir. Les digues sont cruciales pour assurer un avenir où les générations futures pourront continuer à travailler dans les marais. »
Bien que l'investissement soit conséquent, il est proportionnel à l'ampleur du travail à réaliser : près de 160 kilomètres de digues nécessitent une protection. « Les changements climatiques sont inquiétants et les événements autrefois exceptionnels deviennent fréquents », souligne Yann Henry, président du syndicat des digues du marais salant de Guérande, qui se félicite de cette source de financement inattendue.
Les tempêtes comme Xynthia en 2010 et Céline il y a trois ans ont laissé des marques indélébiles. « Xynthia a causé 42 brèches dans les digues, tandis que 18 brèches ont été dénombrées après Céline. La moitié des dommages provient de l'effondrement des talus qui n'ont pas supporté la pression de l'eau », détaille-t-il.
Des expérimentations pour préserver le site
À Guérande, la stratégie n’est pas d’ériger des barrières toujours plus hautes contre la montée des eaux, mais d'accepter une montée temporaire de l’océan. « Nous acceptons la submersion, déclare le paludier. Notre objectif est de construire des digues plus adaptées, capables de résister lors de ces événements. Les dernières tempêtes ont prouvé que les digues renforcées étaient efficaces. »
Une partie des fonds de la coopérative a été destinée à deux projets pilotes pour renforcer les digues de manière durable. « Nous avons installé des barrières de paille pour capter les sédiments déposés par la marée lors de son retrait. Nous visons à encourager une sédimentation naturelle au pied des digues. Par ailleurs, des pieux en bois ont été implantés dans les zones les plus sujettes à l’érosion pour briser le mouvement des vagues », précise Yann Henry. « Ce sont des initiatives simples et réversibles. Nous souhaitons éviter toute dégradation irréversible de cet environnement que nous nous efforçons de préserver. »







