«Nouvelle violence», «stupeur», «injustice majeure»... Depuis son annonce fin mars, le dispositif Renaître mis en place par l’Église catholique continue d'inquiéter les collectifs de victimes, craignant d'assister à un "recul profond" des avancées faites jusqu'à présent.
«Ce qui a été annoncé ne fait qu’aggraver la souffrance des personnes victimes», estiment plusieurs collectifs de victimes dans une tribune publiée dans La Croix, évoquant les craintes suscitées par le vote par la Conférence des évêques de France (CEF) à Lourdes, concernant ce nouveau dispositif.
Des cellules d'écoute dans les diocèses
Ce nouveau système, qui succède à l'Inirr (instance nationale indépendante de réparation) créée en 2021, mettra en place des cellules d'écoute dans chaque diocèse. Les victimes seront dirigées vers un réseau d'accompagnants indépendants pour les démarches de réparation. Toutefois, l'implication des structures diocésaines soulève des inquiétudes chez les collectifs, qui rappellent que de nombreuses victimes se sont éloignées de l'institution et éprouvent une grande réticence à interagir avec elle.
«Comment demander à des personnes d’accorder leur confiance à un système partiellement juge et partie?» s'interroge le collectif tourangeau Voix libérées.
Inégalités entre diocèses
Selon des experts, la mise en œuvre de cette aide nécessite des compétences que peu de diocèses sont en mesure de fournir, entraînant un risque d’inégalité de traitement des victimes selon la région. Dans un effort pour apaiser ces craintes, l'épiscopat assure que les groupes d'accompagnement seront supervisés par une instance indépendante et que la proximité des intervenants permet d’apporter un soutien direct aux victimes, plutôt que par voie numérique.
De plus, une option de dépaysement sera disponible : une victime ne désirant pas s'adresser à son diocèse pourra directement faire appel à l'instance nationale.
Inquiétudes relatives à l'indemnisation financière
Les collectifs craignent également que l'indemnisation financière ne soit accessible qu'après une demande explicite de la part des victimes, ce qui pourrait complexifier et alourdir leur processus de réparation.
«Le versement d’une indemnité doit être perçu comme une obligation, sans ça, la reconnaissance est impossible», souligne le collectif Ampaseo regroupant des victimes de l'ouest de la France.
L'église a néanmoins souligné que les diocèses seront tenus de contribuer au fonds d’indemnisation des victimes.
Les critiques vont jusqu'à la nomination du programme : certains y voient un nom tout aussi inapproprié que provocateur et comme une tentative de masquer les effets des abus. Ce sentiment est partagé par de nombreux collectifs, reflétant la colère et la défiance grandissante envers les institutions.
Un choc pour les victimes
L'annonce du dispositif au mois de mars a été vécue comme un véritable choc, suscitant incompréhension et indignation chez de nombreuses victimes. Chacun ressent une sensation que la priorité de l’Église est davantage la préservation de son image que celle des victimes.
Le manque de consultation des victimes lors de la création de ce dispositif renforce la perception que leurs voix sont ignorées. «Ne sont-elles plus dignes d’être entendues?» a questionné le collectif Foi et résilience, dans un message adressé aux évêques.
La continuité d'un dialogue essential
Alors que l'Inirr continuera d'accepter des demandes jusqu'au 31 août, l'absence d'indépendance dans le futur dispositif préoccupe fortement les associations. Pour elles, cela pourrait marquer un retour en arrière, éloignant davantage les victimes du soutien dont elles ont réellement besoin. Un échange en visioconférence entre collectifs et représentants de la CEF est programmé pour le 7 avril, permettant d’envisager comment avancer ensemble dans cette situation complexe.







