Les victimes face à l'émergence du dispositif Renaître dans l'Église

Des victimes s'inquiètent d'un retour en arrière face au nouveau dispositif de l'Église.
Les victimes face à l'émergence du dispositif Renaître dans l'Église
Photographie d'illustration lors de la célébration liturgique de la messe du Mercredi des Cendres à la cathédrale de Valence, dans le département de la Drôme, en France, le 18 février 2026. - Photo par NICOLAS GUYONNET / HANS LUCAS / HANS LUCAS V
Un nouveau mécanisme de l’Église catholique pour accompagner les victimes de pédocriminalité a été lancé en réponse aux récentes révélations. Ce dispositif sera converti en un mécanisme permanent dès septembre.

«Nouvelle violence», «stupeur», «injustice majeure»... Depuis son annonce fin mars, le dispositif Renaître mis en place par l’Église catholique continue d'inquiéter les collectifs de victimes, craignant d'assister à un "recul profond" des avancées faites jusqu'à présent.

«Ce qui a été annoncé ne fait qu’aggraver la souffrance des personnes victimes», estiment plusieurs collectifs de victimes dans une tribune publiée dans La Croix, évoquant les craintes suscitées par le vote par la Conférence des évêques de France (CEF) à Lourdes, concernant ce nouveau dispositif.

Des cellules d'écoute dans les diocèses

Ce nouveau système, qui succède à l'Inirr (instance nationale indépendante de réparation) créée en 2021, mettra en place des cellules d'écoute dans chaque diocèse. Les victimes seront dirigées vers un réseau d'accompagnants indépendants pour les démarches de réparation. Toutefois, l'implication des structures diocésaines soulève des inquiétudes chez les collectifs, qui rappellent que de nombreuses victimes se sont éloignées de l'institution et éprouvent une grande réticence à interagir avec elle.

«Comment demander à des personnes d’accorder leur confiance à un système partiellement juge et partie?» s'interroge le collectif tourangeau Voix libérées.

Inégalités entre diocèses

Selon des experts, la mise en œuvre de cette aide nécessite des compétences que peu de diocèses sont en mesure de fournir, entraînant un risque d’inégalité de traitement des victimes selon la région. Dans un effort pour apaiser ces craintes, l'épiscopat assure que les groupes d'accompagnement seront supervisés par une instance indépendante et que la proximité des intervenants permet d’apporter un soutien direct aux victimes, plutôt que par voie numérique.

De plus, une option de dépaysement sera disponible : une victime ne désirant pas s'adresser à son diocèse pourra directement faire appel à l'instance nationale.

Inquiétudes relatives à l'indemnisation financière

Les collectifs craignent également que l'indemnisation financière ne soit accessible qu'après une demande explicite de la part des victimes, ce qui pourrait complexifier et alourdir leur processus de réparation.

«Le versement d’une indemnité doit être perçu comme une obligation, sans ça, la reconnaissance est impossible», souligne le collectif Ampaseo regroupant des victimes de l'ouest de la France.

L'église a néanmoins souligné que les diocèses seront tenus de contribuer au fonds d’indemnisation des victimes.

Les critiques vont jusqu'à la nomination du programme : certains y voient un nom tout aussi inapproprié que provocateur et comme une tentative de masquer les effets des abus. Ce sentiment est partagé par de nombreux collectifs, reflétant la colère et la défiance grandissante envers les institutions.

Un choc pour les victimes

L'annonce du dispositif au mois de mars a été vécue comme un véritable choc, suscitant incompréhension et indignation chez de nombreuses victimes. Chacun ressent une sensation que la priorité de l’Église est davantage la préservation de son image que celle des victimes.

Le manque de consultation des victimes lors de la création de ce dispositif renforce la perception que leurs voix sont ignorées. «Ne sont-elles plus dignes d’être entendues?» a questionné le collectif Foi et résilience, dans un message adressé aux évêques.

La continuité d'un dialogue essential

Alors que l'Inirr continuera d'accepter des demandes jusqu'au 31 août, l'absence d'indépendance dans le futur dispositif préoccupe fortement les associations. Pour elles, cela pourrait marquer un retour en arrière, éloignant davantage les victimes du soutien dont elles ont réellement besoin. Un échange en visioconférence entre collectifs et représentants de la CEF est programmé pour le 7 avril, permettant d’envisager comment avancer ensemble dans cette situation complexe.

Lire aussi

Dons de gamètes : un administrateur de site condamné à Valenciennes
Un homme de 40 ans a été condamné à six mois de sursis pour avoir géré un site illégal de dons de spermatozoïdes à Valenciennes, affectant plus de 7 000 membres.
12h53
Les victimes face à l'émergence du dispositif Renaître dans l'Église
Découvrez les réactions des victimes à la mise en place du dispositif Renaître de l'Église pour les soutenir face à la pédocriminalité, qui suscite de vives inquiétudes.
12h25
Les druides de Bretagne réagissent aux accusations sur le RSA
Découvrez comment les druides de Bretagne réagissent aux accusations de détournement du RSA par un élu.
12h00
Pâques approche : des chocolats en folie chez un artisan rennais
À Rennes, Gaëtan Derrien prépare 4.800 à 5.000 créations chocolatées pour Pâques, un moment fort pour son activité.
10h40
La déconstruction du parking Vilaine à Rennes franchit un cap décisif
Découvrez l'avancée des travaux de déconstruction du parking Vilaine à Rennes, avec la fin prévue pour avril 2024 et des aménagements à venir.
10h03
Biodiversité marine : l'incroyable mission des chercheurs de Roscoff
Explorez le programme ATLAsea à Roscoff, un projet innovant pour cartographier l'ADN des espèces marines.
08h57