À travers la France, de nouveaux maires du Rassemblement national (RN) se caractérisent par une initiative audacieuse : retirer les drapeaux européens de leurs hôtels de ville. Des exemples marquants incluent Carcassonne (Aude), Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) et Harnes (Pas-de-Calais). Ces élus, en quête de revendiquer un patriotisme exacerbé, ne semblent pas réticents à profiter des bénéfices accordés par l’Union européenne.
Ce texte s'inspire partiellement d'un reportage. Pour une analyse complète, consultez notre vidéo.
Depuis leur récente élection, ces maires ont fait du retrait des drapeaux européens une véritable priorité. Paradoxalement, malgré ce rejet symbolique, l’approche des élus laisse à penser qu’un déni de l'Europe n’est pas à l’ordre du jour. À Harnes, petite ville de 12 000 habitants, la liste RN a obtenu la victoire dès le premier tour. Bien que le programme d'élection n’a pas prévu cette mesure, le nouveau maire a rapidement agi en remplaçant les drapeaux européens par le drapeau tricolore. Un habitant a noté : "C'est comme si on enlevait le fait qu'on participait plus à l'Europe". Une autre opinion, cependant, soutient le changement : "Ça ne me choque pas du tout. Au contraire, c'est bien que seuls les drapeaux français soient affichés".
En réaction à notre demande d’interview, le maire a répondu par téléphone, affirmant respecter la législation en vigueur. Effectivement, en dehors du 9 mai, journée de l’Europe, aucune obligation n’impose aux mairies de hisser le drapeau européen. Toutefois, l’Europe demeure présente, surtout en termes de financements. Depuis 2020, Harnes a reçu près de 2 960 000 euros de subventions, notamment pour le développement d’infrastructures vertes. Le maire considère cela comme un retour légitime, au vu de la contribution de la France à l'UE.
D’autres villes dans le même cas
Des communes comme Carcassonne n’échappent pas non plus à ce constat. Plus de 3 millions d'euros en fonds européens ont permis de rénover un hôpital, même si le maire RN élu récemment a décidé de retirer également le drapeau européen. Fait marquant, Christophe Barthès, le nouveau maire, a bénéfice de 300 000 euros en 15 ans via la PAC, qu'il a critiquée : "Il faudrait nous payer le véritable prix de notre travail, et nous n'aurions plus besoin d’aides".
Le 31 mars 2026, à l'Assemblée nationale, nous avons interrogé Marine Le Pen sur ces initiatives : "Il y a eu un référendum en 2005 qui a rejeté la Constitution européenne, incluant le drapeau. Rien ne garantit son affichage", a-t-elle déclaré. Toutefois, des voix au sein du RN reconnaissent que cette décision pourrait être mal interprétée. "Je l'aurais fait différemment. Ça peut séduire certains électeurs, mais en éloigner d'autres. Nous conseillons aux maires de ne pas utiliser cela comme élément de campagne", a confié un membre du parti.
En 2023, l'Assemblée nationale a débattu d'une loi imposant l'affichage du drapeau européen pour les mairies de plus de 1 500 habitants. Malgré cela, trois ans plus tard, cette proposition n’a toujours pas été discutée au Sénat.







