Le Proche-Orient refait surface dans la sphère politique lyonnaise. Par une lettre ouverte en date du 14 juin, les élus de La France insoumise (LFI) au conseil municipal interpellent le maire écologiste, Grégory Doucet, pour qu'il mette officiellement un terme au jumelage entre Lyon et Beer-Sheva, une ville israélienne. Leur intention est de faire figurer cette "proposition de délibération" à l'ordre du jour du conseil municipal prévu pour le 25 juin, permettant ainsi un vote sur la question.
Une suspension controversée de la coopération avec Beer-Sheva ?
Les élus insoumis justifient leur requête par la situation actuelle à Gaza, et les accusations envers l'État israélien, à la suite de l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023. Ils avancent que Beer-Sheva serait "implication dans des atteintes graves aux droits internationaux", s'appuyant sur les rapports d'Amnesty International et de Human Rights Watch, ainsi que le mandat d'arrêt en 2024 à l'encontre de Benjamin Netanyahu et de Yoav Gallant pour crimes de guerre présumés.
Cette demande prend également une tournure symbolique, les élus insoumis rappelant l'héritage de Résistance de Lyon pour justifier la fin de ce jumelage. À leurs yeux, la ville ne peut se proclamer solidaire des Palestiniens tout en entretenant des relations officielles avec une ville d'Israël. Il est à noter que Lyon a décidé, en juin 2025, d'accorder 50 000 euros à l'UNRWA et d'intensifier ses relations avec Jéricho, en Cisjordanie.
Le dossier suscite aussi des tensions plus larges, des organisations pro-palestiniennes ayant exercé une pression sur les jumelages franco-israéliens. À Lyon, la CGT avait déjà soulevé cette question au printemps dernier, mais Grégory Doucet avait alors refusé de suspendre le jumelage, soutenant l'importance du "dialogue entre les civilisations", même en temps difficile, une position que la mairie maintient pour l'instant.
Une position précaire pour Grégory Doucet
Cependant, la situation met le maire écologiste dans une position délicate. Au cours de son précédent mandat, Grégory Doucet a souvent été critiqué par des membres de la droite et du centre pour ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien, notamment pour ses appels au cessez-le-feu et ses actions en faveur de la Palestine. Cependant, en juin 2025, après des frappes iraniennes touchant Beer-Sheva, il avait également manifesté son soutien à son homologue israélien.
La réaction du Crif Auvergne-Rhône-Alpes n'a pas tardé, dénonçant la démarche des élus de LFI et posant la question : "Pourquoi Beer-Sheva ?" Pour le Crif, mettre un terme à ce jumelage reviendrait à dénaturer l'essence même de ces coopérations. "Les supprimer, c'est dénier leur raison d'être", affirme l'organisation, plaidant pour que la Ville de Lyon "préserve ce jumelage". Le Crif souligne que ces relations ont été établies pour construire des ponts entre les peuples, et ce, même en temps de tensions entre États.
Pour l'heure, la mairie de Lyon n'a pas formulé de réponse officielle à la demande des élus insoumis. La question reste en suspens : Grégory Doucet accédant-il à la requête d'inscrire cette proposition à l'ordre du jour du conseil municipal du 25 juin ? Dans une majorité de gauche où cohabitent écologistes, socialistes, Place publique et insoumis, ce sujet pourrait bien devenir un nouvel enjeu dans la bataille politique qui se dessine à l'approche de l'élection présidentielle.







