Le parlement a franchi une étape majeure en adoptant une loi qui établit la responsabilité de l'État dans la crise du chlordécone aux Antilles. L'urgence d'indemniser les victimes devient de plus en plus pressante.
Ce mardi, le Parlement a validé à l'unanimité cette loi, saluée par de nombreux élus comme une avancée significative. Le député Elie Califer, à l'origine de la proposition, a exprimé son espoir de restaurer la confiance, tout en soulignant la nécessité d'aller plus loin pour obtenir une réparation adéquate.
Le chlordécone, pesticide utilisé jusqu'en 1993 dans la production de bananes en Guadeloupe et Martinique, a contaminé plus de 90 % de la population adulte. Cette toxicité a été reconnue par l'ANSES, qui relie son utilisation à un risque accru de cancer de la prostate. Le député a insisté sur le fait que si un tel drame avait touché d'autres régions de France, la responsabilité de l'État aurait été acceptée bien plus tôt.
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a de son côté reconnu la part de responsabilité de l'État. Elle a déclaré que cette reconnaissance était un impératif de vérité, tout en précisant que la mise en place d'un dispositif de compensation juste et solide était également essentielle. Une mission d'inspection inter-ministérielle se rendra prochainement en Guadeloupe et en Martinique pour étudier la situation, avec un rapport attendu dans les mois à venir.
Bien que la loi constitue une étape importante, certains parlementaires expriment leurs réserves concernant le volet indemnitaire qui ne se transforme qu’en un objectif pour l’État. Arthur Delaporte, porte-parole du PS, a déclaré que la reconnaissance reste un premier pas symbolique, mais que le combat pour les modalités d’indemnisation doit continuer. Le président du conseil exécutif de Martinique, Serge Letchimy, a également souligné l'importance de ce vote, tout en insistant sur la nécessité d'agir rapidement pour conserver l'intégrité de la vérité.
À Pointe-à-Pitre, Harry Durimel, maire engagé dans la lutte contre le chlordécone, a réagi positivement tout en prévenant que le chemin reste semé d'embûches. Cette reconnaissance pourrait ouvrir la voie à des actions judiciaires pour établir plus clairement la responsabilité de l'État.
En outre, une audience est prévue à la cour d'appel de Paris le 22 juin pour décider de la réouverture de l'enquête sur cette affaire. Me Christophe Léguevaques, représentant des victimes, a insisté sur la nécessité d’une réponse concrète aux attentes des personnes touchées, rapide et efficace. Pour lui, cette reconnaissance ne doit pas être la fin de leurs efforts.







