À un an de l’élection présidentielle de 2027, la scène politique française semble plus éclatée que jamais. Entre une gauche désunie, une droite en quête d'une identité claire et un macronisme en recul, les équilibres traditionnels sont profondément remis en question. Ce climat instable, marqué par des tensions institutionnelles croissantes et une défiance grandissante des citoyens à l'égard de leurs représentants, incite nombreux acteurs politiques à se repositionner. Éclairages de Luc Rouban, politologue et directeur de recherche au CNRS.
Luc Rouban : La fragmentation du paysage politique français est évidente. Nous assistons à l’émergence de deux gauches : une gauche radicale et une socialiste modérée. À droite, la situation est tout aussi complexe avec les Républicains (LR) et les centristes, ainsi que la persistance de l’extrême droite. Cette décomposition est exacerbée par le désengagement de l’électorat macroniste, rendant tout cadre politique encore plus volatile.
L’augmentation des candidatures s’explique également par la faiblesse des partis qui peinent à mobiliser autour d’une personnalité unificatrice. Ainsi, nous observons des mouvements centrifuges, surtout à gauche, avec des figures comme Cazeneuve, Hollande et Glucksmann cherchant à se démarquer.
Ce morcellement au sein de la gauche n’est pas un phénomène nouveau. Il a véritablement pris racine lors de la présidentielle de 2022, à la suite d’une primaire ratée. Pour faire une comparaison historique, on peut même remonter à 2002 lorsque Taubira avait fait de l’ombre à Jospin, facilitant ainsi l’ascension de Jean-Marie Le Pen au second tour.
La droite n’est pas épargnée par cette fragmentation, notamment au sein des Républicains, où des opinions divergent quant à la collaboration avec le RN. Ce phénomène ne vient pas uniquement des structures partisanes mais est également le reflet d'une crise de la Vème République, accentuée par les pratiques du macronisme, créant un véritable blocage institutionnel.
Concernant le macronisme, il est en voie de disparition, mais cela ne signifie pas que les maux politiques sont réglés. Les marges de manœuvre demeurent étroites, quelle que soit la personnalité qui pourrait émerger.
Édouard Philippe et Gabriel Attal sont-ils les héritiers du macronisme ? En réalité, chacun a une approche différente. Attal se situe dans un héritage critique, tandis que Philippe s’efforce de s’allier à la droite pour éviter d’être piégé par le RN.
Un sondage Odoxa-La Dépêche-Public Sénat a mis en lumière un recul d'Édouard Philippe et une remontée de Jean-Luc Mélenchon. Ce retournement pourrait être attribué à une forte demande de transparence politique de la part des Français. Philippe, en étant impliqué dans une affaire judiciaire, pourrait souffrir d'une image ternie, ce qui profitera temporairement à Mélenchon.
En dépit des critiques, le paradoxe Mélenchon subsiste. Bien qu'il soit détesté par une partie du public, il représente malgré tout la gauche institutionnelle capable d’agir en cas de vote utile, étant le seul parti à même de porter les revendications de gauche au pouvoir.
Quant à Emmanuel Macron, il pourrait choisir de se retirer et se consacrer à de nouveaux projets. Contrairement à ses prédécesseurs, Macron perçoit la politique comme une carrière parmi d’autres, mettant ainsi à distance les notions de devoir et d’engagement propres à ses prédécesseurs comme Chirac ou Mitterrand.







