Un récent amendement proposé dans le cadre de l'examen du projet de loi d'urgence agricole suscite une colère croissante parmi les ONG et les organismes de protection de la nature, qui exigent son retrait. Ce texte, discuté par les députés, vise à répondre aux préoccupations du secteur agricole après l'hiver tumultueux de l'année dernière.
En plus des dispositions touchant à l'eau et aux pesticides, le projet de loi intègre des mesures visant à modifier le statut de protection du loup en France, le faisant passer de "stricte" à "simple", une démarche controversée qui pourrait condamner cet animal emblématique.
Malgré une augmentation récente du quota d'abattage des loups, de 19 à 21 %, le texte en discussion propose également une simplification des conditions de tir pour les éleveurs, qui se plaignent de pertes dues à la prédation lupine sur leurs troupeaux, notamment bovins et ovins. Cependant, l'amendement déposé par Xavier Roseren (groupe Horizons et indépendants) va bien au-delà. Il stipule que "les tirs d’effarouchement et de défense ne peuvent être interdits dans les espaces protégés (...) sauf dans les cœurs de parcs nationaux".
Pour des entités telles que WWF, France Nature Environnement (FNE), la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et les parcs nationaux de France, ce texte, s'il est adopté, représenterait une violation directe de la mission des espaces protégés, créés pour préserver la faune et la flore. "Tirer des loups dans ces zones compromettrait les équilibres écologiques que l’on s’efforce de sauvegarder", affirment ces organisations dans une déclaration commune.
Elles ajoutent que cela poserait un précédent dangereux, en favorisant des actes létaux dans des aires protégées et portant atteinte à la crédibilité des politiques de conservation en France. Par ailleurs, la distinction entre cœurs de parcs et réserves naturelles nationales apparaît illogique, les deux ayant des statuts de protection identiques.
L'adoption d'un tel amendement remettrait en question les engagements pris par la France au niveau international, en particulier à la suite de la COP15 Biodiversité, où le pays a promis de protéger 30% de son territoire d'ici 2030, dont une part significative sous protection forte.
Enfin, plusieurs experts s'accordent à dire que cette approche privilégie des solutions simples, comme le tir, qui pourraient au contraire aggraver la situation pour les éleveurs en dispersant les loups et en facilitant les attaques sur des proies faciles en raison d'un isolement accru. La prévention, qui a fait ses preuves dans les réserves nationales, semble être une alternative plus viable, où la prédation sur le bétail est rare.







