CHRONIQUE. Les figures politiques au centre de l’échiquier se présentent résolument comme les champions de la raison, face à la montée des mouvements extrêmes. Cette analyse est proposée par Vincent Coussedière.
Nos dirigeants affirment se positionner du côté de la raison, en opposant sans relâche les extrêmes, cherchant à nous rassurer sur leur capacité à agir de manière réfléchie. Édouard Philippe, par exemple, a récemment affirmé lors d’un meeting que le camp de la colère (le RN) devait être opposé à celui de la confrontation (LFI). De plus, lui et Gabriel Attal ont évoqué une possible coopération, promettant de se désister mutuellement en cas de danger imminent : l’ascension du RN ou de LFI.
Emmanuel Macron se revendique également de ce camp de la raison, en établissant un parallèle entre Américains et Iraniens durant la crise d'Ormuz, les accusant tous les deux de bafouer le droit international. De même, lors d’une intervention en Afrique, il a rappelé l’importance de respecter une certaine "culture" politique, séduisant ainsi ses partisans qui se considèrent comme héritiers des Lumières.
La raison peut devenir un mantra, surtout lorsqu’elle ne propose rien de concret, n’étant qu’un slogan de neutralité face aux extrêmes.
Mais que nous enseigne vraiment cette raison, brandie par nos élites contre les passions des populistes et des extrémistes ? Que pouvons-nous comprendre qui nous tirerait de l'attrait pour ces mouvements ? Sommes-nous censés nous laisser impressionner par ceux qui se disent ses défenseurs, comme l’a affirmé M. Coppé, alertant sur les "populistes" qui trahissent le peuple ? Pour la prochaine présidentielle, devrions-nous vraiment faire confiance à des candidats tels que Hollande, Cazeneuve, Bertrand ou Philippe, qui se présentent comme les garants de la raison ?
Le souci est que la raison peut être utilisée à des fins très floues, souvent sans proposition tangible. Elle devient alors un outil de neutralité, se définissant en opposition aux extrêmes. Que ce soit la "république éternelle" d’Édouard Philippe, le "droit international" de Macron ou le "choc d’autorité" de Gabriel Attal, toutes ces idées restent aériennes et slogans politiques creux. Ce même concept de raison est exploitée par les défenseurs de la laïcité, qui renvoient dos à dos toutes les croyances sans s’engager sur les enjeux qu’elles soulèvent.
Il serait sage de conseiller à nos dirigeants de laisser de côté la raison. Cette notion ne devrait être un outil que par elle-même. Comme le disait Péguy : "C’est donc trahir la raison que de vouloir assurer son triomphe par des moyens gouvernementaux." La raison ne doit pas être un prétexte pour instaurer une forme de contrôle.
Nous devons être prudents face à ceux qui se sont autoproclamés défenseurs de la raison. Leur autorité en tant que gardiens de cette valeur n’a de sens que si elle s’autodéfinit, et non lorsque ces individus cherchent uniquement à l’utiliser pour asseoir leur pouvoir.







