L'essentiel
Philippe Moreau Chevrolet, expert en communication et président de MCBG Conseil, examine la tendance récente des candidats, comme Jordan Bardella et Gabriel Attal, à partager des éléments de leur vie personnelle. Cette approche pourrait se révéler à double tranchant, exigeant une stratégie bien mesurée.
La Dépêche du Midi : Assiste-t-on à un renouveau de la peopolisation de la vie politique ?
Philippe Moreau-Chevrolet : Je pense que l'élection présidentielle de 2022 a créé une illusion avec des figures bien connues. Aujourd'hui, de nouveaux candidats comme Jordan Bardella et Sarah Knafo, ainsi que Gabriel Attal qui est relativement méconnu, cherchent à se faire connaître du public, surtout avec la compétition qui se profile.
Lorsque l'un apparaîtra sur la couverture de Paris Match, tandis que l'autre fera une apparition télévisée, leurs intentions sont-elles identiques ? L'objectif est toujours de se rapprocher du public, de prouver sa capacité à aimer et à s'engager, tout en affichant une vie personnelle bien remplie en dehors de la sphère politique.
Les deux candidats mettent en avant leur partenaire, affirmant que cette présence est essentielle en politique. L'importance d'être en couple, peu importe le sexe, renvoie à l'idée de l'engagement. Toutefois, cette communication peut s'avérer être un peu plus complexe pour les femmes. Beaucoup préfèrent, à l'instar d'Angela Merkel, garder leur vie privée à l'écart du public, afin de ne pas être perçues comme dominées. C’est également le cas de Marine Le Pen ou d'Elisabeth Borne.
Est-ce que ce déferlement d'images et de récits personnels ne cache pas une absence de débat sur les idées et les programmes ? Pour l'instant, le débat d'idées est loin d'être établi.
Ramener la vie personnelle sur le devant de la scène ne contredit-il pas l'idée d'incarner un pays et un destin collectif ? Bien qu'il puisse sembler paradoxal, les Français ont toujours besoin de repères humains. Ils s'intéressent à l’histoire personnelle d'un candidat, ce qui implique d'avoir une vie privée et des relations stables.
La question délicate demeure : la mise en avant de la vie personnelle nuira-t-elle à la sacralité de la fonction présidentielle ? Il est vrai que la vie personnelle peut nuire à l'image présidentielle, mais une communication équilibrée reste cruciale. Nicolas Sarkozy, par exemple, a trop misé sur sa vie personnelle, ce qui a pu contribuer à son échec de 2012.
Quel effet ces récits peuvent-ils avoir sur l'opinion publique ? Si les Français se laissent séduire, cela pourrait créer un phénomène similaire à l'histoire d'amour d'Emmanuel Macron et Brigitte, qui a captivé les médias il y a quelques années. La dimension affective est ce qui manque à Édouard Philippe, qui peine à créer un lien avec le public.
* Philippe Moreau Chevrolet est expert en communication politique et président de MCBG Conseil. Il enseigne également la communication politique à Sciences Po Paris.







