Une étude récente de l’Observatoire de la rémunération agricole équitable de Max Havelaar révèle un constat préoccupant : en Occitanie, 57 % des agriculteurs vivent sous le seuil du Smic. Cette situation soulève des questions cruciales sur la santé économique du secteur.
Ce phénomène n'est pas une surprise. Le revenu agricole, en effet, ne peut pas se mesurer comme un salaire classique ; il représente ce qui reste après le paiement des charges et des aides. Les agriculteurs subissent un "effet de ciseau" tragique : tandis que les prix de vente stagnent, les coûts des intrants, comme les engrais et l'énergie, explosent. Historiquement, les subventions compensées ce déséquilibre, mais ce mécanisme révèle aujourd'hui ses limites.
Karine Daniel, sénatrice de Loire-Atlantique et économiste à l’École supérieure des agricultures d’Angers, souligne que les subventions ne jouent plus leur rôle. "Le système a radicalement changé depuis 1992, avec l'accès aux marchés mondiaux qui a remplacé les prix garantis par des aides qui ne compensent plus efficacement l'inflation", explique-t-elle. Les agriculteurs se trouvent désormais perdus dans un labyrinthe administratif, ce qui aggrave leur situation.
Interrogée sur l'inefficacité de la loi Egalim, qui s'applique uniquement en France, Daniel affirme : "Elle ne peut pas fonctionner seule dans un marché européen. Une régulation des prix doit être établie au niveau européen pour protéger les agriculteurs." Si la France impose des tarifs plus élevés, cela risque simplement d’amplifier la fragilité de son agriculture, face à des concurrents européens aux coûts de production moindres.
Pour cette sénatrice, une ambition politique forte est essentielle. "Nous devons refonder le contrat social qui lie la société à ses producteurs", dit-elle. Les défis, tels que la pénurie d'eau et de main-d'œuvre, doivent être intégrés dans cette réflexion.
Concernant la taille des exploitations, elle estime qu'une petite exploitation peut réussir à condition de ne pas être trop spécialisée : "L'avenir dépend de la maîtrise des coûts et de la répartition des valeurs entre consommateurs et producteurs, non de la taille des fermes."
Elle insiste également sur la nécessité d'une régulation des prix qui doit être effectuée au niveau européen, surtout dans le cadre des négociations actuelles sur la PAC, qui façonneront l'avenir du secteur jusqu'en 2027 et au-delà.
Pour conclure, Daniel se montre optimiste quant aux jeunes souhaitant s'installer en agriculture. "Les écoles d’agriculture ont encore leurs étudiants. Ils ont une réelle volonté de s'investir, mais nous leur devons stabilité et reconnaissance," conclut-elle. La clé est de transformer les crises actuelles en des perspectives d'avenir solides pour garantir notre souveraineté alimentaire.







