Trois ans après le début du conflit dévastateur dans son pays, Mosaab Baba, journaliste et chercheur soudanais exilé au Kenya, partage ses réflexions avec Courrier international. Alors que la situation s'aggrave, il souligne que la couverture médiatique se concentre presque exclusivement sur la crise humanitaire, sans en analyser les racines.

Le 15 avril 2023 a marqué le début d'une guerre civile qui oppose l'armée régulière dirigée par le général Abdel Fattah Al-Burhan aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), menées par Mohamed Hamdane Daglo, dit « Hemeti ». Anciennement alliées, ces factions se livrent maintenant à un affrontement brutal qui s'est intensifié au fil des années, entraînant massacres de civils, violences ethniques et déplacements massifs, une situation qualifiée de pire crise humanitaire par l'ONU. Grâce à sa position géographique et à ses ressources naturelles, le Soudan attire également l'attention de puissances étrangères qui exacerbent le conflit.

Baba, qui a activement participé au mouvement de la société civile ayant mis fin au régime d'Omar Al-Bachir en 2019, continue de rapporter les réalités de son pays à travers des enquêtes et des documentaires. Travaillant pour Ayin Network depuis dix ans, il expose les dynamiques complexes qui animent la guerre actuelle.

Un conflit aux origines multiples

Le Soudan a connu une série de bouleversements depuis le renversement d'Al-Bachir, mais l'espoir d'une transition pacifique a rapidement été éclipsé par le coup d'État militaire d'octobre 2021. Les forces en présence luttent désormais pour le contrôle du territoire, chacune essayant de s'imposer dans les régions stratégiques du pays.

Pour Baba, les médias occidentaux échouent à traiter adéquatement le conflit. Bien qu'ils rapportent la crise humanitaire, ils omettent souvent de se pencher sur les raisons sous-jacentes et les acteurs extérieurs qui soutiennent ces factions. Les Émirats arabes unis, par exemple, jouent un rôle crucial dans le soutien aux FSR, une situation que Baba décrit comme un impérialisme moderne. De plus, l'Égypte maintient une relation historique de soutien envers l'armée soudanaise.

Il évoque également l'implication de l'Union européenne, qui avait établi des accords avec Al-Bachir pour freiner l'émigration, renforçant ainsi les FSR à ce moment-là.

Un appel à l'action mondiale

Mosaab Baba est sceptique concernant les récentes initiatives internationales, comme la conférence de Berlin, qui n'ont pas abouti à des solutions concrètes pour mettre fin aux hostilités. Il insiste sur la nécessité d'un cessez-le-feu humanitaire, mais celui-ci demeure incertain.

En matière de solutions, Baba met en avant la nécessité de résoudre les problèmes soudanais à l'échelle régionale, avec l'Union africaine jouant un rôle crucial pour réunir des voix variées. Cependant, il alerte sur le fait que les puissances étrangères semblent favoriser certains acteurs au détriment d'autres.

Finalement, les citoyens soudanais, fatigués par la guerre, aspirent à une paix durable pour reconstruire leur pays. Cette demande de changement fonde une tradition de résistance et de mobilisation qui perdure au sein de la société soudanaise.