Quatre associations, représentant des coursiers, ont ouvert une action en justice contre les géants de la livraison à domicile Uber Eats et Deliveroo. Elles ont saisi le parquet de Paris pour dénoncer ce qu'elles qualifient de « traite d'êtres humains ». Rappelons que la France, bien que fière d'avoir aboli l'esclavage il y a plusieurs siècles, fait face à une triste échéance où cette notion semble revenir sous des formes modernes.
Cette nouvelle forme d'esclavage, que certains analystes appellent l'esclavage digitalisé, ne porte pas son nom. Plusieurs témoins et experts, dont des sociologues comme Juliette Roux de l'Observatoire des conditions de travail, soulignent que les conditions imposées aux livreurs sont totalement dégradantes. Le payement à la course, les horaires erratiques et le manque de protections éloignent ces travailleurs de toute dignité. D’après des sources internes à Deliveroo, la rémunération peut être aussi basse que 6 euros de l'heure, alors qu’un accord conclu en 2024 avait établi un tarif minimum de 11,45 euros.
Les livreurs, souvent des immigrants sans papiers, travaillent dans des conditions précaire. Une course qui aidait à maintenir un revenu décent se transforme rapidement en une lutte acharnée pour la survie quotidienne. Selon une enquête de Mediapart, un livreur doit courir jusqu'à 63 heures par semaine pour espérer atteindre 1 450 euros par mois, toujours exposé à l’incertitude à travers contractuels non garantis. Les heures d'attente entre les commandes ne sont pas rétribuées, accentuant le sentiment d’exploitation qui pèse sur eux.
Les experts évoquent un aspect alarmant : l'algorithme qui contrôle ces travailleurs devient un « garde chiourme » numérique. Comme l'affirme Thierry Dussart, spécialiste des droits des travailleurs, « cet outil technologique s’avère être un véritable instrument de contrôle, où chaque faux pas peut entraîner des sanctions immédiates, sans aucune compassion ni prise en compte de l'humain. » Les livreurs, 98 % d'immigrés et 68 % d’entre eux sans papiers, se trouvent souvent contraints de recourir à des prête-noms pour exister sur ces plateformes, rendant ainsi leur situation encore plus délicate.
Il est clair que cette exploitation s'inscrit dans le contexte d'une immigration non régulée en France. Cette situation crée une réserve énorme de travailleurs précaires, prêts à accepter n'importe quelle condition par désespoir. Des sociologues comme Lisa André notent que « pour chaque travailleur qui abandonne, dix autres se pressent pour prendre sa place ». Ce phénomène souligne la précarité qui touche les plus vulnérables.
Le verdict des tribunaux sera sans doute scruté avec intérêt, mais la simple existence de ce procès en 2026 est révélatrice d’une régression inacceptable pour un pays qui se veut démocratique et respectueux des droits humains. Une situation qui remet en question l'image que la France se donne sur la scène internationale.







