A la frontière avec le Liban, l'armée syrienne intensifie son déploiement. En pleine tourmente dans le Moyen-Orient, des unités blindées sont positionnées derrière des barricades de sable tandis que les soldats s'affairent à explorer des tunnels récemment découverts, présentés comme utilisés par le Hezbollah.
Alors que le Liban est confronté à un regain de tensions entre le Hezbollah soutenu par l'Iran et Israël, la Syrie tente de se maintenir en dehors de ce conflit. Dans la province de Qousseir, zone stratégique historiquement sous contrôle du Hezbollah, des militaires ont montré à un correspondant de l'AFP ces tunnels, décrits comme des passages servant au trafic d'armes et de drogues.
Mohammad Hammoud, responsable des points de passage entre la Syrie et le Liban, a déclaré à l'AFP : "Nous avons découvert un réseau de tunnels reliant les deux pays" lors de leur ratissage des environs. Ces éléments, selon un commandant syrien, étaient particulièrement associés aux opérations du mouvement chiite.
Le ministre de la Défense a pour la première fois permis à un journaliste de l'AFP de visiter ces zones militaires après le renforcement des forces, dispatchées il y a un mois. Au cours de cette visite, le correspondant a constaté la présence d'au moins cinq tunnels, dont l'un débouche sur le sous-sol d'une maison, avec des marches menant à des voies étroites et sombres.
Ces tunnels, certains même équipés de systèmes électriques et de ventilation, révèlent l'infrastructure cachée qui pourrait avoir joué un rôle majeur dans le maintien des supply lines du Hezbollah, un acteur clé lors de la guerre civile syrienne de 2011 à 2024. Dans une des maisons, des photos de dirigeants historiques du Hezbollah, tels que Hassan Nasrallah et Qassem Soleimani, demeurent accrochées aux murs.
Sa forteresse, située à l'est du Liban, est un enjeu vital pour le Hezbollah, qui s’était emparé de Qousseir en 2013 avant de devoir abandonné la région lors d’un soulèvement en 2024. Depuis cette époque, les voies d'approvisionnement entre la Syrie et le Liban ont été systématiquement entravées, alors que les autorités tentent de lutter contre la contrebande.
- Pas d'engagement militaire -
Israël a déjà mené des frappes pour cibler des points de passage, visant à perturber les activités du Hezbollah. Des sites bombardés, incluant des bâtiments adjacents à ces tunnels, sont encore présents dans la région. Des soldats syriens patrouillent, tandis que d'autres surveillent les positions de l'armée libanaise.
Suite aux escalades récentes, Damas a renforcé son dispositif militaire à la frontière avec le Liban et l'Irak. Selon Hammoud, la mission actuelle des troupes est de "contrôler les mouvements aux frontières". Une source diplomatique a indiqué que le gouvernement syrien subissait des pressions pour intervenir au Liban afin de gérer la menace du Hezbollah, bien qu'il s'y refuse pour le moment.
"L'armée syrienne n'a pas l'intention d'intervenir militairement, son rôle est de surveiller les frontières", a affirmé une source militaire à l’AFP. Les renforts comprennent de l'artillerie, des véhicules blindés et des soldats d'infanterie, marquant une présence robuste même si la Syrie reste en dehors des hostilités directes.
Cependant, le pays n'échappe pas aux tensions. Récemment, il a dénoncé des tirs d'artillerie du Hezbollah venant du Liban. Les présidents libanais et syrien, Joseph Aoun et Ahmad al-Chareh, ont convenu d'une "meilleure gestion" de la frontière. Le président syrien a spécifié : "Tant que la Syrie n'est pas directement attaquée, elle se tiendra à l'écart du conflit".







