Face à une natalité en crise, l'État russe met une pression croissante sur les femmes sans enfants en les incitant à consulter un psychologue. Ce mouvement résulte d'un contexte démographique alarmant, où le taux de natalité est tombé à son minimum historique de 1,4 enfant par femme.
La Russie, engagée dans un conflit prolongé en Ukraine, voit des femmes comme Maria, âgée de 25 ans et vivant à Moscou, refuser le rôle de mère. "Je ne vois pas en quoi avoir des enfants me rendrait plus heureuse", confie-t-elle à l'AFP, tout en soulignant que l'État semble s'opposer à cette liberté personnelle.
Le président Vladimir Poutine, avec une vision traditionnelle de la famille, évoque régulièrement les dangers d'une extinction démographique, renforçant ainsi les mesures d'incitation, mais également d'obligation. Depuis février, le ministère de la Santé préconise que les femmes sans enfants soient orientées vers des consultations psychologiques pour "favoriser une attitude positive envers la maternité".
Cette initiative s'accompagne également d'une répression vocalisée par l'interdiction de la "propagande" anti-maternité, passible d'amendes lourdes. Les obstacles à la maternité se multiplient, une législation sur l'avortement de plus en plus stricte et un environnement économique difficile aggravant la situation des femmes, comme le souligne Irina, médecin et mère de deux enfants.
"Les efforts du gouvernement sont pitoyables", déclare Maria. "Forcer les femmes à avoir des enfants sans leur donner les garanties nécessaires est une approche qui ne peut fonctionner". En effet, l'inflation galopante et la hausse des coûts de la vie rendent la décision d'avoir un enfant encore plus complexe pour de nombreuses femmes.
Anastasia, une spécialiste en rééducation infantile, met également en avant l'importance de créer des conditions favorables pour les femmes avant de les inciter à devenir mères. "Il faut des garanties sociales, un revenu décent, et surtout, le calme et la sécurité", prône-t-elle.
D'après un récent sondage de l'institut VTSIOM, 46% des couples citent des difficultés financières comme raison principale de leurs ruptures, problématique qui exige une attention urgente. Pendant ce temps, Margarita, professeure d'anglais et mère par choix, s'inquiète des répercussions psychologiques de ces politiques sur les femmes qui optent pour un avenir sans maternité.
Une voix masculine, celle de Maxime, 49 ans, représente une opinion plus nuancée, affirmant que cette directive est simplement une recommandation et non une obligation, même s'il ajoute : "Les femmes qui refusent d'avoir des enfants, c'est malsain".
Cette dynamique complexe fait ressortir une lutte profonde entre les aspirations personnelles des femmes et les impératifs démographiques d'un État aux prises avec une crise de natalité sans précédent.







