Iouri Dmitriev, un historien de 70 ans spécialisé dans les crimes du stalinisme, a été reconnu comme l'un des plus anciens prisonniers politiques en Russie. Incarcéré dans un pénitencier en Mordovie, il est au cœur d'une affaire qui soulève de nombreuses questions sur les motivations politiques du régime actuel.
Le 31 mars, la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a rendu un jugement sévère contre la Russie, affirmant que la détention prolongée de Dmitriev n’était pas justifiée, sans pour autant conclure que les poursuites étaient motivées politiquement. Les juges ont souligné que la durée de sa détention, qui a duré entre décembre 2016 et janvier 2018, ainsi que son procès ultérieur, n'étaient pas conformes aux normes de justice équitable.
Né en 1956, Iouri Dmitriev avait été condamné à trois ans et demi de prison en juillet 2020, une sentence considérée par beaucoup comme un acte de représailles devant ses recherches sur les déportations et exécutions pendant le stalinisme. Environ 40 000 noms ont été répertoriés par ses soins dans la région de Carélie, un territoire sensible pour le récit historique en Russie.
À la tête de la branche locale de l'ONG Mémorial, Dmitriev a été arrêté pour la première fois en 2016, accusé d'avoir produit des images qualifiées de "pornographiques" de sa fille adoptive. Il a toujours soutenu que ces images avaient pour but de documenter son état de santé. Après une acquittement rarissime en 2018, sa victoire a été annulée par la cour suprême quelques mois plus tard, entraînant un second procès.
Un procès jugé inéquitable par la CEDH
Dans leur décision, les juges de la CEDH ont ordonné à Moscou de verser 2 000 euros à Dmitriev pour le préjudice moral. Ils ont noté que sa détention viole l'article 5 de la Convention européenne des droits de l'homme, garantissant le droit à un procès dans un délai raisonnable. De plus, son procès de 2020 a été jugé contraire à l'article 6, son accès à la défense étant entravé par l'absence d'un avocat de son choix.
Toutefois, les juges se sont abstenus de qualifier les poursuites contre Dmitriev de motivées politiquement, citant un manque de preuves à cet égard. Ce jugement survient alors que la Russie a été exclue du Conseil de l'Europe en 2022 en raison de son invasion de l'Ukraine, mais les juges affirment que la juridiction de la CEDH demeure valable pour les incidents antérieurs.







