Dans un contexte de colère populaire grandissante, l'Iran se trouve à un tournant. Amélie-Mariam Chelly, sociologue et iranologue, souligne que malgré l'ébullition dans les rues, le régime reste fortement structuré. La chute de l'État, au cours des dernières décennies, a souvent été envisagée, mais Chelly estime que, pour l’instant, une transition n'est pas imminente. Elle évoque d'anciennes révoltes, notamment durant la guerre Iran-Irak (1980-1988), qui ont, à plusieurs reprises, semblé susciter des espoirs de renversement.
Alors que le régime traversait une période où le dialogue avec Occident semblait possible, avec des figures comme Hassan Rohani au pouvoir, Chelly indique que les événements récents, y compris le retrait américain des accords nucléaires, ont ravivé certains espoirs. Cependant, comparativement au Venezuela, elle reste sceptique sur la possibilité d'une chute proche. La solidarité des Forces des Gardiens de la Révolution, cruciales pour la stabilité du régime, ne montre pas de signes de défection. Le soutien populaire pour une véritable transformation semble également fragmenté.
Les tensions géopolitiques ajoutent une couche de complexité. L'Iran, ayant récemment perdu des alliés stratégiques comme son partenaire syrien et les forces libanaises du Hezbollah, fait face à un affaiblissement de son influence. Des experts, y compris ceux de France 24, indiquent que ce repli pourrait renforcer des sentiments nationalistes, tandis que les répercussions économiques et sociales de ces pertes pourraient encore affaiblir le pouvoir en place.
Sur le plan intérieur, le ressentiment croissant contre le régime se traduit par des manifestations, où des symboles monarchiques réapparaissent, comme le portrait de l'ancien Shah. Ceci alimente le débat sur un possible retour à la monarchie, dont les opinions varient grandement en fonction des générations et des expériences passées. Dans les rues de Téhéran, crier « Pahlavi » ne signifie pas automatiquement un soutien pour le retour du Shah, mais plutôt un rejet de l'autorité actuelle.
La question de la sécularisation de la société iranienne est également primordiale. Bien qu'il y ait un mouvement vers des valeurs plus laïques, une grande partie de la population reste attachée aux croyances musulmanes. Des dynamiques sociales, illustrées par des taux de naissance en déclin, révèlent des changements profonds dans la société iranienne, comme l'a noté un rapport de Le Monde. Enfin, les opinions sur les relations avec des puissances étrangères, comme les États-Unis ou Israël, sont nuancées, mêlant ressentiments et aspirations d'identité nationale.
L’avenir de l'Iran reste donc incertain et chargé de défis. L'interaction entre le régime, la populace et les forces externes dessinera les contours des prochaines étapes pour ce pays complexe et profondément ancré dans un passé tumultueux.







