Dans notre rubrique « Courrier des lectrices et des lecteurs », André Berrest (Côtes-d’Armor) partage une expérience troublante :
« J'ai longtemps hésité avant de vous adresser cette lettre. En découvrant le livre Le Silence de Bétharram, écrit par Alain Esquerre, j'ai trouvé le courage de partager mon histoire. Ce livre met en lumière un système de prédation qui a perduré durant plus de cinquante ans et a révélé l'affaire Bétharram.
Une interview de Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France, publiée dans Ouest-France, a également éveillé en moi l'envie de partager la souffrance d'un ancien camarade, aujourd'hui disparu.
C'était la loi du silence
J'ai effectué mes études dans un établissement privé des Côtes-d’Armor entre 1957 et 1964, où j'ai été pensionnaire. Pendant ma 5e et ma 4e, des rumeurs sur les abus sexuels d'un prêtre circulaient, mais le silence régnait, une omerta totale, alimentée par une complicité générale de ceux qui faisaient semblant de ne rien voir.
Avant de nous quitter, un vieux camarade m'a confié, lors d'un déjeuner, qu'il avait également subi ces abus. Malgré notre lien d'amitié, nos souvenirs communs étaient absents, puisque nos chemins s'étaient croisés brièvement.
Personne ne m'aurait cru
Originaire de Cesson, dans l'Ille-et-Vilaine, il était le quatrième d'une fratrie de quatre. Mon ami, décrit comme un enfant rebelle, était envoyé dans un internat pour "être mâté". Il n'avait que peu d'occasions de rendre visite à ses parents, souvent absent durant les week-ends.
Lors de notre échange, lorsque j'ai évoqué ces rumeurs de violence, il a répondu : Non seulement j'en ai entendu parler, mais j'en ai aussi été victime.
Quand je lui ai demandé s'il avait eu le courage d'en parler, il m'a déclaré : Non, bien sûr, personne ne m'aurait cru. Mes parents m'auraient traité de menteur, et j'aurais reçu une violente correction de mon père.
Véronique Margron souligne souvent la vulnérabilité des victimes au sein des internats, où la majorité des abus ont lieu, créant ainsi une conspiration du silence que j'ai voulu dénoncer, 67 ans après les faits.







