Les violences sexuelles : un cri d'alarme de Laurence Rossignol

Laurence Rossignol s'exprime sur le silence entourant les violences sexuelles.
Les violences sexuelles : un cri d'alarme de Laurence Rossignol

Mercredi 10 juin, Laurence Rossignol, sénatrice PS du Val-de-Marne, a été invitée sur France 2 pour discuter des problématiques liées aux violences sexuelles. Elle a exprimé son indignation face à l'affaire Lyhanna, soulignant le dédain persistant envers les écrits des femmes et des enfants dans de telles situations. Rossignol a également critiqué les propositions récentes de Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin, affirmant qu'elles ne répondent pas aux enjeux réels.


Gilles Bornstein : Vous avez écrit dans un article pour La Tribune Dimanche sur la complaisance de la société envers les agresseurs. Que voulez-vous dire par là ?

Laurence Rossignol : J'affirme que, traditionnellement, le viol est perçu comme un acte de violence extrême. Cependant, de nombreuses agressions se manifestent sous forme de pressions quotidiennes, souvent considérées comme anodines. Cela établit un climat plutôt favorable aux agresseurs. Les représentations culturelles de la sexualité masculine, qui suggèrent que les hommes ont des besoins irrépressibles, renforcent cette problématique. De ce fait, les femmes et les enfants sont souvent vus comme des menteurs, dévaluant ainsi leur parole.

Pourquoi cette perception persiste-t-elle aujourd'hui ?

Cette dynamique est toujours d'actualité. Les difficultés rencontrées par les victimes pour obtenir justice sont alarmantes. Un grand nombre d'affaires sont classées sans suite, et la lutte de pouvoir entre la parole des victimes et celle de leurs agresseurs demeure un obstacle significatif.


Vous affirmez que les hommes s'organisent pour continuer leurs abus sans crainte d'être jugés ?

Effectivement, cette organisation s'inscrit dans divers espaces de vie, y compris la société et les institutions. Les excuses vanillées comme le comportement des femmes alimentent cette complaisance générale. Le récent débat sur la notion de consentement a à peine effleuré ces questions profondes.


En ce qui concerne les enfants, leur parole est-elle suffisamment prise en compte ?

Dans l'affaire Lyhanna, certaines victimes ont effectivement été écoutées. Toutefois, un classement sans suite a eu lieu auparavant, démontrant une méfiance persistante. Nombreux sont ceux, y compris des experts comme nous, qui sont au courant des problèmes documentés depuis longtemps par les associations et rapportés par la Chancellerie. Un rapport de 2022 sur les viols d'enfants n’a pas été suivi d'effets, ce qui soulève des questions sérieuses sur la gestion des informations au sein du gouvernement.


Que devrait faire le Garde des Sceaux face à cela ?

Cela dépasse le débat sur la personne ; il est crucial de se concentrer sur les solutions mises en œuvre. Notre groupe a proposé une loi intégrale visant à aborder la violence sous divers angles : prévention, éducation, justice, et soutien aux victimes. La prévention reste la clé, il faut chercher à comprendre pourquoi ces violences sont perpétrées et comment y mettre un terme.


Quelles répercussions pourrait avoir l'affaire Patrick Bruel ?

C'est révélateur d'un nombre incalculable d'affaires d'hommes puissants abusant de leur position. Cela met également en lumière des dénonciations passées qui n'ont pas été prises en compte. Des dossiers déjà classés doivent être réexaminés, et il est impératif que les médias couvrent ces histoires pour assurer la transparence.


Le paysage politique à gauche est en évolution. Quel est votre positionnement ?

Ce n'est pas à Jean-Luc Mélenchon de dicter la ligne de la gauche. Je soutiens Raphaël Glucksmann, qui, je l'espère, pourra incarner notre candidature. Il existe une véritable aspiration à ce que la gauche se réaffirme sur des bases claires, sans être soumise ni contrainte par d’autres intérêts.

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