Ces jeunes, ayant quitté leur terre natale pour poursuivre des études exigeantes, pensent souvent à un retour. Un sondage mené par l'institut Viavoice pour l'association "Des territoires aux Grandes Écoles" et présenté par BFM Business éclaire ce phénomène. Alors que l'on parle fréquemment de fuite des cerveaux, il semblerait que certains aient décidé de revenir, contredisant l'idée selon laquelle les diplômés des zones rurales ne retournent jamais.
Les chiffres sont révélateurs : 40% des jeunes interrogés ont effectivement regagné leur territoire d'origine, tandis que 30% prévoient de le faire. Au-delà des statistiques, les interviews mettent en lumière la complexité de ce retour, souvent moins tranché qu'on ne le suppose.
Des retours progressifs
Nathan Maurel, président de l'association, explique que les jeunes issus de zones rurales envisagent leur retour de façon plus nuancée. "Le retour peut aussi se faire progressivement, certains reviennent souvent, et ce lien perdure, prenant différentes formes", précise-t-il.
Par exemple, un jeune originaire de Loire-Atlantique a décidé de quitter Paris pour vivre à Nantes, tout en gardant un lien avec ses racines, sans pour autant renoncer à la vie urbaine.
"Le retour peut également s'effectuer de manière progressive, certains maintiennent des liens d'attachement et visitent fréquemment leur région d'origine", souligne Maurel.
L'emploi, "condition sine qua non"
Les raisons de ce retour sont multiples, mais le besoin de proximité familiale est souvent cité en tête. Vient ensuite l'importance d'un cadre de vie agréable. Toutefois, la possibilité de trouver un emploi adéquat demeure cruciale. Maurel indique que "sans opportunité professionnelle, le retour est difficile, mais il ne déclenche pas le processus".
C'est le cas d'Anna, une jeune diplômée d'Agroparistech. Après avoir décroché un poste chez Vinci, elle aspirait à retourner à Limoges. Face à des difficultés pour trouver un emploi correspondant à ses qualifications, elle a accepté un poste de technicienne, entraînant une baisse de son salaire de 2.000 à 1.500 euros.
"Je savais que les perspectives d'évolution étaient limitées, et je ne pouvais pas envisager mon épanouissement à long terme", confie Anna.
De nécessaires concessions
Après avoir démissionné, elle a repris un emploi dans la région parisienne. Toutefois, le désir de revenir à Limoges s'est renforcé, surtout avec l'idée de fonder une famille. Après la pandémie, elle a fini par négocier un télétravail et un poste d'ingénieure bien rémunéré à Limoges.
"Nous sommes ravis de revenir à Limoges. Ma famille proche est ici, ce qui est un soutien précieux avec un enfant", affirme-t-elle. Cependant, son partenaire continue de voyager à Paris pour le travail.
"Ceux qui décident de rentrer sont souvent prêts à faire des compromis dans leur vie professionnelle et envisagent des arrangements flexibles pour concilier travail et vie personnelle", conclut Maurel.
Le décalage perçu et l'évolution des relations
Les jeunes issus de régions perçues positivement ont généralement un plus grand désir de revenir. Étonnamment, ceux qui envisagent un retour sous-estiment souvent les défis d'intégration sociale, un aspect que 34% mentionnent. Les relations avec ceux qui ne sont pas partis peuvent changer, et le retour signifie parfois composer avec un regard social plus intense.
De plus, ceux qui reviennent peuvent ressentir une perte d'anonymat. "Une amie a également choisi de revenir à Limoges, mais elle a eu du mal à s'adapter, se sentant stagnante", témoigne Anna.
Malgré ces défis, 77% des retours sont jugés positifs par ceux qui ont fait le choix de revenir, tandis que seulement 5% de ceux qui revinrent regrettent leur décision.
* Méthodologie:
Le sondage a été réalisé auprès d’un échantillon de 6.001 Français, représentatifs de la population française résidant en France métropolitaine et DROM, âgées de 18 à 40 ans. Il a ciblé spécifiquement 566 étudiants ou diplômés ayant quitté une zone rurale pour suivre des études sélectives.







