Arrêtée définitivement en 2020, la centrale nucléaire de Fessenheim est sur le point de démarrer un projet titanesque de démantèlement, qui s’étendra sur 22 ans et nécessitera 1,4 milliard d’euros. Le décret d’autorisation a récemment été publié par le gouvernement, et l’étape suivante attend l’aval de l’autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection, prévu pour juin.
« C’est un jalon très significatif », déclare Pierre-Jean Barret, directeur du site. Inaugurée à la frontière franco-allemande en 1971, la centrale a généré de l’électricité pendant 43 ans, représentant environ 30 ans de consommation électrique pour la région.
Depuis la fermeture des réacteurs, des étapes préparatoires ont été réalisées, comme l’envoi du combustible usé vers l’usine de recyclage d’Orano à La Hague. « Cela a permis d’éliminer 99,9 % de la radioactivité sur le site », souligne M. Barret. De plus, des opérations de nettoyage des circuits ont été menées.
Les actifs de la centrale, d’une valeur de 30 millions d'euros, ont commencé à être valorisés, avec des équipements réutilisés, notamment des turbines envoyées dans d'autres centrales comme celles de Dampierre et Gravelines. « Désormais, nous sommes prêts à entamer les opérations de démantèlement », a déclaré Pierre-Jean Barret.
405.000 tonnes de matériaux à déconstruire
Les travaux vont générer environ 405.000 tonnes de matériaux, dont 95 % seront non radioactifs. Les 5 % restants seront soigneusement triés et stockés temporairement dans l’ancienne salle des machines avant d’être transférés aux installations de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) dans l'Aube.
Adrien Picard, responsable d’un des projets récents sur le site, annonce qu’une opération complexe va commencer cette année : l’évacuation des générateurs de vapeur. Cette première étape comportera des découpes précises et une logistique méticuleuse.
Pour des parties plus radioactives comme le cœur du réacteur, des robots seront employés pour minimiser l’exposition des travailleurs, selon l’expert. Dans « la piscine » de stockage des combustibles, des alvéoles de quatre mètres demeurent prêtes à être extraites.
Une durée projetée jusqu'en 2048
« Les composants restaient ici plusieurs mois pour tempérer leur radioactivité avant leur retraitement », informe Johann Maisonneuve, chef du projet de démantèlement. Ce projet représente un défi unique car il s’agit de la première réelle tentative de démantèlement d’un parc nucléaire moderne en France.
EDF espère capitaliser sur cette expérience pour optimiser les procédés, avec l’objectif de réduire la durée et le coût des futurs démantèlements. Un projet de création d'un technocentre à proximité pour le recyclage de métaux faiblement radioactifs suscite déjà des controverses dans la région.







