Ce chantier est le plus emblématique d’Europe, ayant récemment franchi une étape décisive. En début de mai, la société danoise Femern a réussi à positionner un colossal module en béton mesurant 217 mètres de long, 10 mètres en hauteur, et pesant 73 500 tonnes, au fond de la mer Baltique près de Lolland, au Danemark.
Au total, 89 blocs similaires seront installés sous l’eau dans une tranchée de profondeur allant de 12 à 16 mètres. Les ingénieurs creusent d'abord un large sillon sur le fond marin, puis les structures préfabriquées, d’une hauteur d'environ 10 mètres, sont engagées dans cette tranchée, avant d’être recouvertes de sable, gravier et roches pour garantir leur sécurité.
Cette initiative représente une avancée significative pour l’un des projets d’infrastructure les plus ambitieux d’Europe, marquant un record mondial. Les blocs, parfaitement alignés et recouverts, formeront un tunnel immergé d’une longueur exceptionnelle.

Bien qu'il aura une longueur de 18 kilomètres, le tunnel Fehmarnbelt sera moins long que celui sous la Manche (38 km), et se distinguera par la méthode de construction, se basant sur l’utilisation de structures en béton préfabriquées. Il s’agit d’un défi inédit à cette échelle.
Chaque bloc sera intégralement creux et contiendra plusieurs tubes : deux pour les voitures, deux pour le transport ferroviaire, ainsi qu’un tunnel de service pour l’entretien et la sécurité. Soutenu par l'Union européenne, ce projet reçoit un financement d’environ 1,3 milliard d’euros sur un budget total prévu de 7,5 milliards d’euros.
Une traversée rapide entre l'Allemagne et le Danemark
Ce tunnel ambitieux doit offrir une connexion rapide entre l’Allemagne et le Danemark. En réduisant le temps de trajet entre Hambourg et Copenhague à seulement 10 minutes en voiture et 7 minutes en train, par rapport à une heure actuellement avec le ferry, cela transformera la dynamique des transports en Europe du Nord.
La mise en place du premier élément représente un exploit technique. Lasse Vester, responsable de projet chez Femern, a déclaré : "C’est une tâche colossale qui ne tolère aucune erreur. Nous immergeons un élément aussi long que deux terrains de football, avec une marge minimale de millimètres."
Pour assurer le bon enfoncement de la structure, les ingénieurs ont ajouté du ballast avant de la stabiliser avec gravier et roches, exigeant une coordination exemplaire entre les équipes, les systèmes de navigation et les équipements en mer.
Des enjeux stratégiques et des délais critiques
En plus de sa dimension impressionnante, le tunnel Fehmarnbelt est crucial pour le réseau de transport européen. Apostolos Tzitzikostas, commissaire européen aux Transports, a exprimé : "La mise en place du premier tronçon de tunnel est un événement historique, mettant en lumière l’excellence des compétences en génie civil en Europe."
Cette nouvelle liaison est censée favoriser les échanges économiques entre la Scandinavie et l’Europe centrale, tout en renforçant les services ferroviaires, plus respectueux de l'environnement.
Côté danois, les travaux progressent à un bon rythme. Cependant, en Allemagne, le projet fait face à des obstacles administratifs qui ralentissent son avancement. Bien que le Danemark ait lancé les travaux en 2020, l’Allemagne a été confrontée à une multitude de procédures bureaucratiques et une forte opposition locale, avec 12 600 objections déposées contre seulement 43 au Danemark. Cette situation a décalé l'achèvement de 2029 à 2031 pour ce projet d’envergure, représentant un véritable test pour le gouvernement allemand dirigé par Friedrich Merz.







