Dans un entrepôt bruyant de Seine-et-Marne, des milliers de bonbonnes de protoxyde d'azote s'entassent, symbolisant un défi environnemental majeur. Ce "proto" représente un fléau sanitaire, nécessitant un recyclage minutieux de ces bouteilles éparpillées à travers la France.
Cédric Nadotti, directeur de la société DI Services, témoigne d'une augmentation des arrivées de bonbonnes depuis la pandémie : "L'année dernière, nous avons traité environ 300.000 cartouches, et cette année, nous allons franchir la barre des 600.000", précise-t-il, soulignant que la consommation dépasse maintenant celle de la simple chantilly.
Utilisé initialement à des fins médicales et culinaires, le protoxyde d'azote a trouvé une nouvelle popularité en tant que "gaz hilarant" parmi les jeunes, qui l'inhalent à partir de ballons de baudruche. Des cartouches décorées de références à des jeux vidéo côtoient d'autres portant des étiquettes comme "Moula'gaz", illustrant une stratégie marketing percutante.
Ce recycling représente aujourd'hui 60 à 70 % de l'activité de DI Services, qui a embauché six nouveaux employés au cours des trois dernières années et prévoit d'agrandir encore son équipe.
- Un effort laborieux -
Aubin Chouly, technicien de 23 ans, travaille sans relâche dans cet entrepôt. Il procède au démontage des cartouches, en extrayant chaque élément avec précision : "Nous retirons le plastique, l'embout et vérifions la pression résiduelle de protoxyde", explique-t-il. Ce gaz, qui a un potentiel de réchauffement global 300 fois plus élevé que celui du CO2, est incinéré après avoir été récupéré à l'aide d'un équipement spécialisé, tandis que le métal et le plastique sont recyclés dans d'autres filières.
Ce processus laborieux coûte entre 10 et 50 euros par unité, selon la taille des bonbonnes. Bien que cela représente un défi financier pour les municipalités, l'alternative est bien plus coûteuse : près d'un million de cartouches ont été incinérées l'année dernière par le Syctom, un organisme chargé de la gestion des déchets à Paris et en Île-de-France.
L'agence métropolitaine a recensé plus de 25.000 explosions liées à ces déchets en 2025, soit une toute les deux heures. Corentin Duprey, président du Syctom, déplore un coût de 15 millions d'euros par an pour réparer les installations endommagées.
- L'indignation des élus -
La mairie d'Aulnay-sous-Bois a été la première à faire appel à DI Services pour faire face à cette crise. Séverine Maroun, première adjointe, a observé l'évolution de ce phénomène : "Nous avons commencé par collecter de petites cartouches, et maintenant nous sommes submergés par d'énormes bouteilles", affirme-t-elle. Elle dépeint une situation qu'elle juge "ubuesque": "C'est un produit dangereux et on laisse faire, aucune réglementation ne l'interdit. C’est une vraie honte!".
Les chiffres du ministère de l'Intérieur illustrent la crise sanitaire en cours, avec un triplement des intoxications signalées entre 2022 et 2023 et un quadruplement des cas graves, dont 10 % concernent des mineurs.







