Quatre ans après une crise énergétique marquante, l'Europe fonce à nouveau sur les aides. Depuis l'invasion du Moyen-Orient, divers États ont débloqué 10,46 milliards d'euros pour aider ménages et entreprises à faire face à la flambée des prix des carburants, comme l'indique l'institut Bruegel. Ce dernier a recensé les mesures mises en place par douze pays depuis le mois d'avril.
Ce think tank, basé à Bruxelles, a précisé qu'il ne tenait compte que des interventions dont le montant est clairement établi, excluant donc les mesures sans budget annoncé.
D'après leurs analyses, l'Espagne (5 milliards d'euros) et l'Allemagne (1,62 milliard) sont les pays qui ont le plus investi jusqu'à présent, représentant plus de la moitié des dépenses totales. Madrid a notamment réduit la TVA sur les carburants à 10 %, tandis que Berlin a décidé de réduire, pour deux mois, l'une des taxes sur les produits pétroliers, permettant une baisse d'environ 17 centimes par litre pour les automobilistes.
Si l'on examine les dépenses en lien avec le PIB, ce sont l'Espagne (0,29 %), la Bulgarie (0,19 %), la Grèce (0,12 %) et l'Irlande (0,11 %) qui font figure de pays les plus généreux.
La France parmi les pays les moins dépensiers
A l'inverse, le Royaume-Uni (0,001 % du PIB), la France (0,002 %) et la Belgique (0,012 %) figurent parmi les pays qui ont le moins soutenu leurs ménages et entreprises face à la hausse des prix des carburants.
En avril, le gouvernement de Géraldine Lecornu avait annoncé une aide sectorielle de 70 millions d'euros, désormais portée à 180 millions, tandis que le Royaume-Uni ne dépense que 60 millions et la Belgique 80 millions. Ces montants sont considérablement plus bas et plus spécifiques que ceux octroyés par plusieurs de leurs voisins. Cela peut s'expliquer par leur situation budgétaire relativement tendue.
Les trois pays se distinguent par des aides jugées largement non ciblées. Selon Bruegel, environ 80 % des aides (8,3 milliards d’euros) sont destinées à des mesures générales, comme des réductions d'accise sur l'énergie ou de TVA, sans conditions claires.
Pour Bruxelles et le FMI, la France a raison
Les responsables et économistes qui appellent à une prudence budgétaire soulignent la sagesse du gouvernement français. En effet, la Commission européenne et le FMI ont tous deux averti contre les subventions massives, favorisant plutôt des aides ciblées et temporaires. Selon Bruegel, ces approches visent à éviter de reproduire les erreurs de l'année précédente, alors que de lourdes déficits avaient découlé de dépenses publiques inconsidérées en réponse à la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine.
Rodrigo Valdés, directeur du département des finances publiques du FMI, a récemment déclaré que les pays devraient se détourner des subventions sur les carburants. Il a mis l'accent sur l'importance de respecter un équilibre budgétaire tout en encourageant une transition énergétique nécessaire : "Nous n'avons pas de pétrole. L'énergie doit coûter plus cher à tout le monde pour que nous ajustions notre consommation." Ce raisonnement fait écho aux préoccupations croissantes relatives à l’impact sur l’environnement et les finances des États.







